10.09.2009
De l'autre côté du Sud
Avant de revenir sur la crise dont le pire est donc, une nouvelle fois, derrière nous (tu parles, Charles !), je vous soumets quelques clichés d'un petit séjour estival et amical dans le Sud-Ouest, qui a tranché agréablement avec la presque routinière villégiature dans la belle, mais un peu fréquente, Provence. Malgré la relative somnolence repue de mes amis (que je salue :oB), la campagne haut-Garonnaise et Tarnaise a su me séduire. Des ondulations dorées des blés moissonnés aux croupes ruisselantes de vignes du gaillacois, en passant par le semis des cités qui s'abritent derrière le rose cuit de la brique, la région est attrayante. J'ai apprécié cet éclat de la mosaïque de nôtre pays, qui sait conjuguer comme nulle part ailleurs sans doute, l'ailleurs avec le chez-soi. Loin des foules agglutinées, la saveur s'apprécie d'un ciel piqueté des lueurs d'hier, dans le calme tiède et profond d'une nuit au milieu des champs, juste effilochée par les appels aigus des chats-huant.

Porte à porte en la cathédrale d'Albi
Non mais Qui a choisi la tapisserie ?

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16.08.2009
L'ombre du Panama
Voilà quelque temps que l'idée me trottait dans la tête, j'en travaillais du chapeau : il me fallait un couvre-chef, mais pas n'importe lequel, je voulais un Panama fedora. Il se trouve que la galurin est assez mode en ce moment, mais étant assez loin d'être une fashion victim, là n'est pas la raison de mon envie de sortir couvert (de temps en temps). Le Panama qui vient comme tout le monde le sait n'est-ce pas, puisque son nom l'indique, d'Equateur, est avant tout un symbole de classe et d'élégance auquel Paris doit son surnom argotique de Paname, en référence aux gens bien nés qui l'arboraient sur les grands boulevards au début du siècle dernier. Mais aujourd'hui toutes les têtes peuvent s'orner sans distinction de classe, le gavroche sur une caboche de faux rebelle friqué, le Panama sur le melon d'un gauchiste invétéré comme votre serviteur.
Mais qu'il soit de Cuenca ou de Montecristi, Borsalino, Stetson ou sans marque, le Panama c'est surtout le symbole du voyage, de l'été et des souffles tièdes. Alors qu'il soit associé au lin dandy ou à une livrée plus urbaine, c'est un brin d'évasion et de charme que j'avais envie d'arborer quitte à passer pour un americaing ou un parigô dans le pays de Cocagne où j'ai passé quelques jours de vacances fin Juillet. N'est pas Bogart qui veut mais je ne m'en sors pas si mal d'après ce qu'il se dit...
Cela dit, si je voulais ce chapeau et pas un autre, c'est aussi parce que je l'imagine depuis quelques années couvant comme un trésor des boucles d'or. Tu m'avais dit en vouloir un et je t'avais rêvée, coiffée du chapeau blanc à bandeau noir au pont d'un paquebot, le regard au lointain, la moue obstinée, en partance pour un ailleurs mystérieux d'où tu n'es pas revenue...
De jolis souvenirs fleurissent à l'ombre du Panama...
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21.07.2009
Interlude
N'ayant que bien peu d'inspiration et de courage en ce moment, je vous livre une nouvelle déjà ancienne, dont le vieil adolescent que je suis est le modeste auteur. Soyez indulgents ! Ou pas...
17:46 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.05.2009
Train ou limousine ?
Je suis originaire du Limousin ou peu s'en faut ; c'est là bas que sont mes racines, à Limoges et dans un rayon de sa campagne de 60 km. Bien loin de moi l'idée d'un quelconque régionalisme qu'au contraire je combats. Je suis jacobin et je le reste. Mais je sais que là-bas, je respire mieux. Oh bien entendu, je pourrais prendre bouture ailleurs, dans un petit coin breton et maritime par exemple ou même à Paris la belle, dont je suis éperdument amoureux tout en sachant qu'elle n'est pas à terme, faite pour moi. Emporté par le vent, je pourrais qui sait coloniser quelque terre plus lointaine, dans l'Irlande celte éventuellement. On ne verra jamais d'un bon oeil un orangiste sur le sol irlandais mais moi, le friendly frenchy qui sait...
Pour autant et jusqu'à la fin, comme un hirondelle qui revient inlassablement sous les cieux de sa naissance, je sais que je serai chez moi en Limousin, à chaque fois que j'y reviendrai. Il y a là-bas des pulsations qui raisonnent avec les miennes, c'est ainsi. Il y a les miens aussi...
C'est une terre simple. Le granite y impose son austérité altière et son autorité, en blocs pesants, bleu dur ou doux rose, en un mélange ou d'aucuns trouveront assemblage du ying et du yang. Mais elle offre aussi de vertes collines à l'herbe grasse et humide où le printemps conquérant fait avancer des légions de fleurs multicolores, où l'hiver impétueux étend sa cape blanche. Là-bas on connaît les saisons, encore un peu, pour quelques années peut-être...
A limoges, où sont enterrés mes 20 ans, sous un titre de champion d'Europe de basket, il y aussi une gare, la plus jolie du monde. La preuve, Jean-Pierre Jeunet l'a choisie pour l'ouverture de son court-métrage publicitaire en l'honneur du numéro sans doute le plus célèbre de l'univers : N°5. (Bon avant lui, un écrivain mondialement connu s'en était emparé pour situer le début et la fin d'une de ses nouvelles, enfin de sa nouvelle, parce que sa flemmardise est proportionnelle à son génie incommensurable. Si vous êtes sages, un jour je vous donnerai un lien vers ce petit chef-d'oeuvre.)
Alors une fois n'est pas coutume, je parle un peu de pub sur ce blog :
En limousin, il y a surtout de la campagne, plutôt de la très belle d'ailleurs, variée, ondine... Et dans la campagne, il y a des vaches : les fameuses limousines, connues tout autour du monde (all around the world). Il se trouve que lors d'un séjour récent où j'ai arpenté le bush haut-viennois, j'ai fait quelques petites photos de mesdemoiselles (y avait ptet des messieurs aussi, cachés dans le tas (non non c'est pas toi le tas Raymonde, pas la peine de meugler en maugréant))
Hommage au bovidé et à son terroir :
Un petit village, perdu dans la cambrousse
Un train de limousines. Vous remarquerez à l'avant, l'arrière train imposant. C'est une photo un peu vache, je l'admets...
La curieuse au cerisier
Sur le chemin du Tour, le public répond toujours présent !
Mise au vert
Des normandes limousines
La petite maison vraiment DANS la prairie
Engrangeons quelques fleurs
Un encadrement de chêne
Le même chêne, plein cadre
Des normandes et leurs charmes
Un château en pleine campagne, forcément, c'est ruineux
Contre-plongée vachère
Nous partîmes cinq cents mais par une astuce comptable, nous nous vîmes trois mille en arrivant à l'étable
You're talking to us ?
Sonnez clochettes, tintez couleurs !
L'ordre des choses ne tient qu'à un souffle
Passé aux couleurs
Mais les parisiennes aussi, sont si jolies, que je reviens vers elles, à tire d'ailes...
19:23 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.01.2009
White spirit
J'avais prévu de commencer l'année sur les chapeaux de roue avec un post politique bien senti et puis finalement les conditions météo m'obligent à lever le pied, pour mon plus grand plaisir.
Il a neigé aujourd'hui sur l'Ile de France. Elle flotte sur un océan blanc et les flocons ont gardé leur pouvoir sur moi. Toujours cet effet adoucissant sans adjuvants chimiques, toujours cet émerveillement, toujours cette envie irrépréssible de toucher et de partir en dérapages plus ou moins contrôlés. Je n'ai pu résister ce soir en rentrant à faire quelques pas complètement superflus, juste pour apprécier le froissement soyeux qui nait d'un soulier qui s'enfonce dans la poudreuse.
Pourtant c'était la reprise ce lundi et l'année 2009 promet son lot de soucis et de sans le sous. Pas de quoi pavoiser, sans même parler de ma situation personnelle bien fragile mais que je n'évoquerai pas ici. Mais à peine sorti de l'immeuble, voilà que dans l'anthracite d'une fin de nuit qui n'est pas du matin, m'apparaissent les fins duvets qui descendent du ciel. La route et les trottoirs sont déjà finement glacés au sucre...Loin de rester froid, je n'ai pu réprimer un léger sourire de contentement, en soupirant d'aise. De toutes façons, je n'ai jamais refusé un petit coup de blanc...
Et puis ce midi, en sortant de mon lieu de travail pour déjeuner, comment ne pas ressentir des frissons de plaisir à voir le Panthéon avec un bonnet frileusement vissé sur son dôme. Même les sapins dressés sur le parvis s'étaient poudrés les aiguilles et pouvaient regarder satisfaits la Tour Eiffel, au loin, plantée dans un horizon lumineusement laiteux.
La neige a cet effet miraculeux d'apaiser la vie, comme si elle étendait pudiquement son drap immaculé sur les souillures du monde, comme si elle démaquillait avec son coton délicat le rimel dégoulinant de nos existences de plus en plus putassières. Pour qui a déjà eu l'occasion de vivre ce grand moment zen qu'est une marche de nuit dans un endroit enneigé, où qu'il soit, au coeur d'une ville endormie et pétrifiée ou dans une forêt muette et emmaillotée de blanc, la vérité est que la neige est la messagère du silence. Les flocons sont ses mots...
Pour ne pas rompre le charme, je vous chuchotte mes voeux pour la nouvelle année, en espérant, contre toute attente, que le "white spirit" de ce jour enneigé soit le signe que tout peut recommencer, que tout peut se laver...
23:19 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : neige, hiver
29.11.2008
De l'art de faire le trottoir
J'ai toujours un peu la flemme de parler politique, tellement ce que je pourrais dire se révèlerait pesant et pessimiste. Alors en attendant que le courage me revienne, je vais plutôt partager un petit plaisir artistique en vous proposant un diaporama d'oeuvres de Julian Beever. Cet artiste britannique est surtout connu pour ses trompe-l'oeil, qu'il réalise sur les espaces piétons, au moyen d'une technique de projection : l'anamorphose. Cette technique est utilisée par exemple dans les stades pour que les publicités peintes sur les pelouses apparaissent lisibles depuis les gradins ou à la télévision, en laissant une impression de relief.
Vous allez voir, c'est bluffant.
Deux exemples pour vous appâter :
http://users.skynet.be/J.Beever/index.html
Alors ? Impressionnant non ?
23:44 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : julian beever, anamorphose, trompe-l'oeil, peinture
31.08.2008
La Provence, c'est pas moche !
Après la Bretagne, je me suis retrouvé en Provence, quasiment sans transition si ce n'est une après-midi à Valence, charmante cité drômoise, déjà très caliente et presque provençale (et qui comme Aix est aussi jolie architecturalement que riche en population un peu surfaite et tape à l'oeil. Branleurs et pétasses oui, c'est ça :oB...)
Un gîte sis près de Vaison-la Romaine a acueilli mes amis et moi-même et bien que très différente par l'atmosphère et le paysage de la Bretagne, la région n'en est pas moins dépourvue de charme. J'espère que les photos suivantes le traduisent bien (vous pouvez les voir en grand en cliquant dessus)
23:38 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23.08.2008
Le Bretagne, c'est beau !


22:13 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
24.06.2008
Passé au rouge
Quand vient Juin et son souffle tiède, apparaissent aussi les corolles vermillon des fragiles coquelicots, fleurs que j'apprécie tout particulièrement. On sait que le pavot, famille à laquelle appartient le coquelicot, est à l'origine de l'opium. Pour autant je n'ai pas besoin de le fumer pour enclencher la machine à rêve.
Allez savoir pourquoi, moi qui n'aime pas spécialement le rouge, j'ai une tendresse toute particulière pour ces pétales froissés qui naissent en même temps que l'été. Les voir depuis un quai de gare perdue, orner le bord des voies ferrées, ouvre automatiquement les vannes des réservoirs de nostalgie et de mélancolie que j'ai fort pourvus.
Ils sont si délicats ces coquelicots en papier japon qui frissonnent sous la brise et qui sont les spectateurs écarlates des joies petites ou grandes qui éclosent à cette période de l'année. Car c'est à cela que je pense en les voyant : aux fins d'années scolaires, à l'insouciance de la jeunesse aux portes d'une liberté de deux mois, à ce qui commence et dont on n'imagine pas la fin, au soleil, aux vacances, aux amitiés, aux amours...
La jeunesse, le temps qui passe, ce que l'on en fait ou pas...C'est toujours la trame de mes dérives oniriques ou méditatives. La beauté me ramène toujours au temps, le temps à la beauté, deux pôles, deux tropismes et moi en lévitation magnétique entre les deux, finalement incapable de m'approprier l'un et l'autre.
Mais revenons à nos poppies comme les appelle nos ennemis amicaux anglais. Ils en ont fait la fleur des soldats de la Grande-Guerre. Le souvenir n'est pas toujours tendre, le coquelicot pas toujours si léger. Pourtant loin des champs de bataille fleuris de sang et des destins qui s'achèvent, le rouge de cette petite fleur est souvent celui de la vie qui démarre. Rouge timide d'un premier baiser, rouge passion d'une étreinte dans un champ de blé, le rouge du coquelicot n'est jamais très loin des émois au grand air, souvent quand ce sont les premiers. D'ailleurs dans le langage floral, il désigne l'ardeur fragile, une association qui me sied autant qu'elle me plait.
Quand ils me croisent ou m'accompagnent le long de mes trajets ferrés, routiers ou de mes attentes solitaires, je pense à hier et à ce qui ne sera plus, je pense aux jolies choses et à l'abandon, je pense à la beauté de la vie et à la finitude, je pense à la joue si douce de cette adolescente et à ce coquelicot pâle que j'aurais pu y poser rien qu'avec un regard. Il suffisait juste d'en changer la couleur, d'arrêter de penser en bleu pour un instant. Il faut savoir qu'on en est capable...
Les coquelicots s'inclinent doucement sous la juvénile arrogance de Juin. lls ont dans leurs pétales le souvenir de toutes les jeunesses et de tous les étés du monde. J'y vois le passé au rouge...
21:49 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.05.2008
Dire c'est bien, le fer c'est mieux...
Récemment un samedi, je m'en fus par les rues de notre belle capitale, profiter du bleu du ciel, de la tiédeur affirmée d'un soleil printanier et du charme de jolies touristes anglophones qui semblaient penser que j'avais un fort potentiel de manieur de langue. Je ne sais si j'ai été à la hauteur de leurs attentes...
J'avais donc décidé de m'offrir une balade parisienne, ponctuée d'un ciné. J'établis donc quelques waypoints avec comme destination finale une salle obscure. Puisque j'avais envie de retourner voir la tour Eiffel que je n'avais point approchée depuis quelques années, si j'excepte une courte entrevue nocturne l'été dernier, je décidai de commencer dans le septième à proximité des Invalides (aucun rapport avec moi), sur le territoire hostile de l'essayeuse haute-couture du gouvernement, accessoirement Garde des sceaux.
Ma foi, l'arrondissement est rendu vivable par sa verdure, ses rues bordées de marronniers généreusement fleuris de rose soutenu (je ne connais pas le code rouge à lèvre Dior correspondant) et de superbes paulownias tout de guimauve vêtus. Bien sûr, c'est un peu calme à l'écart des grands monuments et on sent bien que le terrain n'est pas propice au prolétariat comme l'illustre cette rencontre près d'un distributeur de billet. Une famille sort de la banque, la mère dit à la fille âgée de onze ou douze ans en parlant de son frère de cinq ou six ans son cadet : ton frère a droit à 20 euros d'argent de poche par semaine, toi 100. C'est beaucoup 100, qu'elle dit. J'imagine le désespoir de la pauvrette rationnée financièrement par des parents mesquinement radins. La bourgeoisie a aussi ses problèmes d'argent...

Après avoir admiré la rutilance dorée du dôme des Invalides, déambulé dans le jardin attenant, le regard oblique sur les arrière-trains d'une arrière garde de polonaises en goguette, il était temps de prendre la direction du Champ de Mars, premier champ avant les elyséens. Mais de champ libre il ne fut question car le parc était bien entendu rempli de touristes toujours plus nombreux à mesure qu'on s'approche de la plus belle érection française, ses 375 mètres toujours fièrement dressés au dessus des brumes métropolitaines. Il suffit d'un virage et la Tour Eiffel apparaît plein champ. Cliché, poncif, ringardise, plouquisme, beaufitude ou symbolisme national, réflexe jacobin, nostalgie d'une grandeur déchue, simple plaisir esthétique, impression du miracle technique toujours renouvelée ? Je ne sais, mais je dois avouer que le charme agit toujours et que la Demoiselle de fer arbore ses dentelles de tôles avec la même coquetterie, la même prestance et la même majesté que dans sa prime jeunesse, quand la rouille lui apparaissait bien plus lontaine que la Lune qu'elle chatouille encore de sa pointe.
Son succès ne se dément pas non plus auprès des touristes étrangers qui se pressent sous ses arcades en prenant leur place dans la file d'attente démesurée. Plutôt eux que moi ! Toutes les nationalités sont représentées, depuis les nouveaux riches des pays de l'Est jusqu'aux vendeurs à la sauvette qui viennent d'encore plus à l'Est. Tchiling tchiling font leurs trousseaux de mini tours Eiffel portes-clés...
Direction le Trocadero pour admirer un des plus beaux panoramas de Paris et apercevoir des skaters, des break-dancers et pas mal de branleurs dans le lot ! :oB S'y délassent aussi quelques couples d'amoureux, sur les bancs, dans le gazon ou carrément dans les bassins, entourés de gens et seuls au monde. Si on laisse le regard divaguer vers l'horizon, on peut observer la conjonction Panthéon-Invalides, étoiles lointaines de la galaxie parisienne, vu d'ici.
Ma marche à travers champs, délaissa derrière moi celui de Mars et son uniforme de printemps pour se diriger vers ceux qui dit-on incarnent la plus belle avenue du monde. En remontant l'un des rayons de l'Etoile, je longeai les quartiers cossus et bien habités comme aiment à dire certains agents immobiliers. Tout au bout, c'est le triomphe. Oh oui, il y a celui de l'Arc bien sûr, large d'épaules et de cuisses, un peu trapu, à l'image du petit agité dont il raconte les exploits. Mais depuis, un autre excité pas très grand a confisqué l'immodestie et les Champs-Elysées célèbrent quasiment 24 heures sur 24, cette victoire de l'apparence, du superficiel, de l'argent roi, en un mot, du bling-bling. J'y croisai donc moults Tony Montana avec la tenue adaptée à l'époque : pantalons slim ou au contraire doggy ou survêt extra-larges, t-shirt de marque ou petite chemise près du corps et surtout une cargaison d'accessoires qui rendraient folle une pie voleuse : gourmettes, bagues, chaînes, lunettes, casquettes, pochettes, le tout griffé bien évidemment. Le volet femelle de cette population est bien entendu encore plus représenté avec notamment les petites pétasses à peine pubères, panoplie complète de la bimbo fin des années 50, bras dessus-bras desous avec leur Vuitton. Je ne crois pas qu'il faudra beaucoup compter avec ceux-ci pour les prochaines mobilisations sociales. Si la mémoire d'un poisson rouge ne dépasse pas quelques secondes, les perspectives des fashion girls and boys n'excèdent bien souvent pas l'heure suivante, rarement la prochaine soirée et l'after qui précède le before. C'est finalement la logique de la génération upside-down, qui ne veut tellement pas se prendre la tête, qu'elle la laisse systématiquement au placard. Commentaire aigri de vieux con trentenaire, je sais. Mais j'assume mon archéo-conservatisme...
Mais que faisais-je donc sur les Champs parmi ces gens à la fois uniformes et bigarrés, moi qui en suis plus éloigné que le Pape l'est de Marilyn Manson ? C'est simple, je voulais revoir la Tour et me faire un ciné dans la foulée de ma promenade, j'ai donc respecté une certaine cohérence géographique en allant dans un complexe à proximité. Il fallait en outre qu'il acceptât les places gratuites sous forme de cartes qu'un quasi monopole familial soutire de l'émission journalière de Ruquier. Destination, l'UGC Normandie donc, tout près du Lido, grand recéleur de naïades plastiquement avantagées, dont je ne vis cependant pas la moindre plume égarée.
C'est donc le moment de vous dire ce que la pellicule m'offrit ce jour là sur l'écran blanc d'une salle pas vraiment noire de monde (normal, fin d'aprem et journée ensoleillée mais c'est aussi pour cela que j'avais choisi l'horaire). C'est Iron Man que j'allai voir, film précédé d'un sillage critique sans trop d'écume acide. A raison, je dois le dire car si l'on est bien sûr très loin d'un grand film, le long-métrage de Jon Favreau se déguste comme une friandise dont il est plus opportun de s'en tenir au goût plutôt qu'à la recette. Sur un scenario bien mince, truffé d'invraisemblances presque volontaires se déroule ce film d'action aux effets spéciaux très efficaces, porté par le jeu cabotin d'un Robert Downey Junior revenu d'entre les junkies et qui s'éclate à jouer un marchand d'armes surdoué (Tony Stark), insolent de réussite et de charme viril, qui vire humaniste après une prise de conscience bien américaine. En effet, après avoir été retenu en otage par des ismamistes afghans et s'être échappé de sa geole troglodytique grâce à ses menus talents de bricoleur, il s'aperçoit que les armes c'est dangereux et que horreur, les siennes peuvent servir à tuer de bons soldats états-uniens. C'est donc ultra simpliste, bien manichéen mais il faut rappeler que c'est l'adaptation d'un comic du même nom. Ensuite, comme je l'ai dit, c'est du pur divertissement plutôt bien mené et jubilatoire. Notons la présence de Gwyneth Paltrow en femme à tout faire à son patron (Tony Stark), aux manières anglaises, ultra professionnelle, élégante et pincée, mais qui n'en est pas moins femme et donc complètement dingue de son chef de robot humain qui rend la justice à coup de torgnoles en acier (alliage d'or-titane pour être précis). Il faut signaler aussi la présence de Jeff Bridges (Obadiah Stane), un de mes acteurs favoris depuis son rôle dans The big Lebowski et qui est physiquement transformé dans ce film. Il joue l'associé qui tient énormément aux intérêts de l'entreprise et qui accepte avec un minimum de flegme la nouvelle vocation du Pdg. Au final, un moment de détente vite oublié mais qui n'en est pas moins une des meilleures adaptation d'une Bd marvel au cinéma, grâce à la personnalité très cool-smart charismatique de Robert Downey, à son humour très présent et à ses effets spéciaux impressionnants.
Fin de séance et fin de journée. Il fallait penser au retour dans la lointaine banlieue alors que Paris préparait sa soirée. Ma retraite me conduisit jusqu'aux Tuileries, puis au Louvre, tous deux innondés de la lumière paille d'un soleil rasant. Il poursuivait son plongeon au ralenti quand j'empruntai le Pont des Arts dont les planches servaient de champ (encore un) de pique-nique à des parisiens qui savouraient la douceur d'une des premières soirées de beau temps du printemps. Beaucoup d'étudiants et d'étudiantes, mais aussi des gens plus agés. Tous avaient en commun la gaité de l'instant, les sourires affichés, une bonne bouteille et la guitare aux côtés. Comme j'avais envie de m'asseoir là moi aussi, de prendre un verre de rosé et de voir si par hasard mes vingt ans depuis déjà si longtemps fugueurs ne passeraient pas dans le coin, histoire de savourer les quelques éclats de bohème que je n'ai pas su leur offrir. Ca a l'air si agréable un pique-nique au Pont des Arts. Quels chanceux, ces parisiens !...J'y reviendrai...
19:00 Publié dans Dream machine | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note



















































































