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23/02/2015

Le bruit des bottes

Sans doute parce que même quand la détermination est inflexible, il n'est pas possible de répéter inlassablement la même chose, voilà que mes publications politiques s'espacent. Ce début d'année est pourtant riche d'actualité, bien peu porteuse d'espoir et de progrès mais terriblement illustratrice d'un mécanisme infernal toujours aussi huilé.

De la défaillance d'un modèle social laissé à l'abandon et que viennent déchirer encore plus quelques jeunes fanatisés, à la défense de dogmes économiques totalement faillis mais qui font la richesse d'une infime minorité captant les ressources donc, et bien sûr le pouvoir, nous assistons à la lente dérive vers une issue cynique, autoritaire et violente, dans le déni de la démocratie. Excepté là où ils ont beaucoup soufferts, en Grèce ou en Espagne, les citoyens sont pour la plupart, amorphes, résignés, voire souvent, convaincus du bien-fondé de la pensée dominante, qui pourtant en laissera 95% sur le carreau.

Tout cela, je le constate et le relate sur ce blog depuis son ouverture, au lendemain de la crise de 2007-2008, dont nous vivons toujours les conséquences et la lente montée en régime. Jamais les faits ne m'auront démenti. On le sait Cassandre ne fut pas écoutée et l'histoire montre que les grands phénomènes historiques sont souvent imperméables à toute possibilité de les infléchir. Pour autant, il m'est impossible de supporter passivement tous ces gens qui se mettent la tête dans le sable ou se convainquent que le problème, c'est le coût du travail, les hordes de fonctionnaires et les immigrés, et pas le tribu faramineux que prélève la finance sur l'économie réelle, avec pour résultat de l'asphyxier.

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Ajax enlève Cassandre (fresque Pompéi) (les orthodoxes aimeraient bien nettoyer les lanceurs d'alerte)

 

Dans les moments de découragement, il est difficile de lutter contre l'attrait de la propre mesquinerie ordinaire que l'on essaie de combattre et de ne pas tomber dans la détestation de tous ces crétins endormis, envieux, lâches et égoïstes qui pagaient vers les chutes qui les noieront et moi avec. Mais précisément, il y aura mes proches et moi-même dans cette issue funeste. Alors la dignité et la raison veulent que le combat soit mené jusqu'au bout, jusqu'au moment où, s'il est perdu, il changera de forme, passant de politique à celui de la lutte pour la survie.

Il faut donc répéter que seul un sursaut collectif, la redéfinition de politiques solidaristes, permettront de sortir de cette crise entretenue par l'oligarchie. C'est la souveraineté citoyenne réaffirmée qui nous permettra de replacer la politique comme définition de l'action sociale au service de l'intérêt général et pas de quelques appétits très particuliers et minoritaires qui, pour préserver leur pouvoir et leurs rentes juteuses, s'ingénient à diviser les citoyens en sapant notamment la force pondératrice de l'Etat, social et laïc. La lutte doit être dirigée vers le haut. Le problème n'est pas l'immigré, le fonctionnaire, le chômeur. Tous ceux là sont comme vous et moi : ils essaient de vivre au mieux avec de maigres ressources le plus souvent. Non, le problème, ce sont les rentiers professionnels, les financiers, qui nous disent que nous ne travaillons pas assez quand eux ne travaillent jamais, qui nous disent qu'il faut baisser leurs impôts alors que ce sont nous qui les payons, qui vous disent qu'il faut faire grossir les dividendes en vous alléchant avec le rendement de votre compte-épargne, sans vous signaler que pour que l'action progresse, il faudra se débarrasser de nombreux emplois et du vôtre en particulier.

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Votre épargne nuit à votre emploi !

 

Pour que la situation s'améliore, il faut donc soulever les vrais problèmes, mais il ne faut pas non plus se tromper de solutions. Les oligarques savent que nous sommes plus nombreux qu'eux et que la prise de conscience collective de leur domination vaudra leur perte. Ils tentent donc par tous les moyens d'empêcher cette prise de conscience ou de la dériver vers des exutoires sans danger pour eux. L'extrême-droite leur est très pratique dans cet objectif. Ils sont conscients, car l'histoire l'a toujours montré, que les partis fascisants ont toujours préservé le grand capital au détriment de la masse du peuple. D'ailleurs, dans les pays où l'expérience est encore chaude, en Espagne, en Grèce, les citoyens ne sont pas enclins à retourner à ces fausses solutions. Ils choisissent le règlement solidaire et souverainiste de la crise car leur mémoire est encore trop marquée par les temps de souffrance infligés par les dictateurs d'extrême-droite.

En France malheureusement, le souvenir du régime de Vichy s'estompe, le naufrage de la gauche de gouvernement et la disparition d'un véritable courant gaulliste, laissent libre-cours à une formation opportuniste qui une fois au pouvoir, ne se démarquerait en rien de ce qui a toujours fait le fascisme : l'autoritarisme, la privation de liberté et l'exploitation des plus faibles. Nous ne devons pas céder à cette facilité mortifère comme nous ne devons pas laisser les oligarques décider que notre avenir est leur profit. Ce pays n'a pas à se normaliser pour continuer à exister. Mais pour qu'il puisse trouver ses propres voies de sortie de crise, il faut redonner aux citoyens le pouvoir de décider, donc changer les institutions. Il sera ensuite permis de définir enfin nos propres politiques : dessiner une économie durable dans la justice sociale, préférer la coopération plutôt que la compétition aveugle qui nous dresse les uns contre les autres, relancer les grands projets de progrès scientifiques en lien avec la préservation de l'environnement, redonner un sens au travail et à nos existences, en dehors du mercantilisme et du consumérisme. A défaut, nous entendrons rapidement le bruit des bottes...

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Douce France ?...

28/06/2014

Les mettre aux pieds du MUR

J'ai renoncé plusieurs fois à écrire un nouveau billet d'actualité politique, tant il peut parfois apparaître vain dans la situation actuelle de vouloir éveiller les consciences sur la dangerosité des dynamiques en cours dans notre pays et dans le monde en général. Il en faut bien quelques uns pourtant pour continuer à lancer les alertes, forcer les regards vers d'autres perspectives d'avenir, tenter de sortir les têtes du sable.

Après la dernière séquence électorale, que dire du paysage politique ? Les partis de gouvernement bloqués sur leur consensus néolibéral toxique sont désavoués, le Fn largement institué comme seul réceptacle officiel du mécontentement est le seul à tirer son épingle du jeu, la gauche assumée stagne et pâtit des échecs et des reniements du Ps, qui signifie à tort gauche dans son ensemble pour beaucoup de citoyens. Le parti de l'abstention, qui n'agit sur rien et laisse les clés du pays aux puissants, est la seule force, quoique impuissante par constitution, en progression.

Malgré la débâcle des politiques mises en oeuvre par le gouvernement actuel, en totale continuité avec les précédents, ce sont les idéologues du libéralisme économique qui sont sur toutes les ondes, professant doctement qu'il faut accentuer les réformes, celles-là mêmes qui échouent pourtant partout dans le monde, sauf si on considère que l'explosion des inégalités, l'érosion continue de la classe moyenne, la hausse de la pauvreté dans les pays développés, soient des indicateurs de réussite économique.

Crise, résistance, néolibéralisme, Mélenchon

Le temps des cerises semble bien loin encore

Il a pourtant été dit maintes fois que l'austérité, la stagnation ou la baisse des salaires, la destruction des services publics et des revenus indirects qu'il génère, ne pouvaient que contracter l'activité et provoquer la récession et le chômage. L'assouplissement des droits des salariés ne fait que créer de la précarité en baissant de façon artificielle le nombre de chômeurs. Cette situation ne profite qu'aux rentiers et aux dividendes qu'ils touchent sur le dos de l'immense majorité de la population. Jean-Luc Mélenchon par exemple, sur son blog, a expliqué et continue de le faire, pourquoi nous allons dans l'impasse et ce qu'il conviendrait de faire pour en sortir. Force est de constater qu'il a eu raison, comme votre modeste serviteur en passant, sur la majorité des points qu'il a abordé depuis le déclenchement de la crise qui nous concerne aujourd'hui.

Pourtant ce n'est pas au système financier, celui qui capte la richesse au détriment de l'économie réelle, des investissement, des salaires, des ressources des Etats, que les citoyens semblent vouloir s'attaquer, mais à ceux qu'ils côtoient tous les jours, en les soupçonnant de leur prendre le peu qu'ils ont : les immigrés, les fonctionnaires et autres boucs-émissaires faciles à attaquer. Pourtant, les détruirait-on tous que cela ne règlerait pas le problème. Il faudrait trouver d'autres exutoires aussi inefficaces.

Comment, après trente ans de propagande de tous les instants, faire comprendre que l'Etat est la solution et pas le problème, que l'impôt est le meilleur outil pour faire fonctionner une société, s'il est juste, progressif et bien utilisé, que penser à l'autre est infiniment plus protecteur pour soi que de vouloir légitimer les luttes inter-individuelles ? Celles-ci n'aboutissent qu'à la domination d'une infime minorité dont les intérêts convergents sont suffisamment puissants pour qu'elle se construise un bouclier fait de ceux qu'elle asservit pourtant.

Comme le disait Spinoza, relayé notamment par Frédéric Lordon, il n'y a pas de force intrinsèque des idées vraies. En d'autres termes, être dans le juste, proposer les bons diagnostics et les solutions pertinentes ne suffit pas à être porté au pinacle, sinon au pouvoir.

Nombre de citoyens s'aperçoivent bien pourtant que les politiques menées ne sont pas efficaces, sont complètement contre-productives voire tout bonnement désastreuses. Ils ne font pas la moindre confiance aux représentants politiques incapables de sortir du jeu du pouvoir et des carrières, englués dans des schémas de pensée erronés et dogmatiques. Mais ils préfèrent pour le moment s'effacer dans l'abstention ou donner leur espoir à une formation politique qui bien que récupérant à tour de bras le programme de la gauche assumée, sans pour autant en saisir et en définir la complexité, reste un parti d'extrême-droite, misant sur la haine de l'autre pour favoriser lui-aussi la situation d'une élite, qui bien que nationale, ne se préoccupera pas plus du bien être de la population que celle au pouvoir actuellement, l'autoritarisme, la xénophobie et la chasse aux opposants en plus.

Crise, résistance, néolibéralisme, Mélenchon

Saint-Just : "Le bonheur est une idée neuve en Europe" Encore aujourd'hui, manifestement...

 

Néanmoins, comment ne pas comprendre le désarroi de citoyens qui voient leur pays être constamment dénigré et affaibli de l'intérieur depuis tant d'années. Tous leurs repères leur sont enlevés au nom du modernisme ou de l'Europe, alors qu'on ne leur propose qu'un avenir fait de régression sociale et d'individualisme destructeur du sens de toute chose. La libéralisation de la finance conjugué à l'intégration européenne ont privé la politique de toute possibilité d'action. La même direction est suivie depuis des décennies alors qu'elle a fait basculer le monde dans une de ses crises les plus sévères. Droite et gauche sont invoquées alors même que le contenu programmatique est strictement le même. L'hypocrisie et le cynisme font des ravages, lassent, dégoûtent, désespèrent...

Compte-tenu du sens frelaté qu'ont maintenant certains mots, la gauche en fait partie, il est presque illusoire de s'associer une majorité d'électeurs en s'en revendiquant. Mais peut-être que, face aux dégâts considérables causés par le néolibéralisme, constituer un mouvement unifié de résistance (MUR) est-il possible. Il s'agirait de fédérer autour de quelques thèmes principaux qui transcendent les clivages :

-la réhabilitation de notre pays en réaffirmant la nécessité de préserver son modèle politique et culturel, tout en l'optimisant, tout en gardant ses points forts : la continuité territoriale, les services publics, ses terroirs agricoles etc...

-redonner la souveraineté au peuple, aux citoyens en restructurant la finance et en sortant de l'Union s'il n'est pas possible de la réorienter, en changeant des institutions pour que ne soit plus permis le cumul exagéré des mandats, les carrières politiques une vie durant, le pantouflage, qu'au contraire soit autorisée l'implication plus grande des citoyens dans la vie politique, notamment en rendant possible les referendums d'initiative populaire et révocatoire pour le président de la république

-réaffirmer l'idéal républicain, sa laïcité, son ordre, son universalisme.

-réorienter les politiques économiques vers un développement durable, innovant, privilégiant l'emploi, les salaires et l'indépendance nationale plutôt que les profits des actionnaires, la désindustrialisation et la perte de souveraineté.

Crise, résistance, néolibéralisme, Mélenchon

Bleu, Liberté, Blanc, Egalité, Rouge, Fraternité

 

Notre pays doit relever la tête et c'est en cessant d'avoir honte de ce qu'il est et a été qu'il le fera, pas en se fondant dans une entité qui le prive de son génie et de ses capacités de rebond. Ce n'est pas céder aux sirènes du nationalisme de l'exclusion et de la confrontation que de le dire, mais au contraire retrouver le souffle de la grande Révolution, de l'universalisme et de la coopération, sur laquelle la France a construit sa modernité, malgré l'Europe coalisée contre elle, Europe qui finira finalement gagnée par les idées qu'elle avait combattue en pure perte.

C'est en s'inspirant du Conseil national de la Résistance que nous sortirons de ce marasme et que nous pourrons construire le temps des jours heureux. Il est temps de défaire les néolibéraux et le poison qu'ils distillent, il est temps de les mettre au pied du MUR.

27/12/2012

Meilleurs veules !

Une nouvelle année de crise s'achève, sans la moindre lueur d'espoir quant à la volonté politique de la solutionner, ou même ne serait-ce que, parce que c'est le point de départ obligé, l'apparition d'une étincelle de lucidité qui nous rassurerait sur sa compréhension, de la part de nos représentants.

Forts ce cette léthargie plus ou moins organisée, ce sont même les tenants du système, ceux qui préconisent encore moins d'Etat, toujours plus de libéralisations, de flexibilité des emplois, de compétition de tous contre chacun, qui pérorent et poussent leur avantage, contribuant par là-même, car ils sont malheureusement écoutés servilement par cette ancienne gauche devenue néolibérale qu'est le PS aujourd'hui, à saper un peu plus une économie déjà bien malade de leurs médications répétées.

Les voilà aujourd'hui qui dénoncent en secouant d'effroi leurs perruques poudrées, ce retour de l'esprit de 1789, dont on ne saurait pourtant être plus éloigné en ce moment, pour préparer à un nouveau coup de poignard porté au principal pilier de la solidarité institutionnelle, l'impôt sur le revenu. C'est la figure d'un acteur finissant, gonflé comme un noyé, qui a été choisie pour instiller cet énième hypocrite débat sur l'enfer fiscal français. Depardieu serait donc un de ces nombreux angelots dont on aspire la substance vitale jusqu'à les rendre exangue, tout du moins s'ils n'avaient pas le réflexe contraint de la survie et donc de l'exil en terre protégée (Belgique, Suisse etc...)

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L'optimisation fiscale vue par Depardieu

 

Le Ps, décidément bouffi de médiocrité, plutôt que de légiférer comme l'on fait ces bolcheviques d'américains avec leur taxation différentielle, idée reprise par le Front de Gauche au moment des présidentielles, n'a rien trouvé de mieux pour ne rien faire, que de stigmatiser l'acteur. Cela occupe l'espace médiatique, évite le débat, permet de ne surtout pas en venir à la loi, pourtant nécessaire. Car en effet qui pourrait sérieusement donner raison à ces individus qui ont depuis longtemps oublié ce que la citoyenneté implique et qui râlent comme un agonisant à l'idée de payer l'impôt dont ils doivent s'acquitter. Et la presse compatissante de se pencher sur les sommes versées, en inversant rarement la focale, c'est à dire en s'interrogeant sur ce qui reste après que le devoir a été accompli. Un patrimoine d'environ 150 millions d'euros pour l'acteur par exemple, des centaines voire des milliers de smics annuels pour la plupart de ces créateurs de richesses désintéressés. Difficile de vivre avec si peu ?

Faudrait-il leur pardonner de ne plus se souvenir, qui d'avoir prospéré grâce au cinéma subventionné (par les impôts), qui de pouvoir faire vivre leurs entreprises (pour ceux qui ne veulent pas les vendre avant même presque de les avoir fait naître) grâce à du personnel formé par l'Education nationale, livrer leurs marchandises par la Poste, sur des routes construites et entretenues par les pouvoirs publics etc...Sans doute pensent-ils pouvoir s'en occuper par eux-mêmes. Certains en auraient la puissance financière il est vrai. Mais ce serait au détriment de l'immense majorité d'entre-nous, privés de services publics, puisque l'idée de l'impôt républicain redistributif, instrument de la cohésion sociale, du moins à l'origine, aurait sombré sous la démagogie égoïste de nouveaux noblions dont on ferait bien, effectivement, de raffraîchir la mémoire, en feuilletant avec eux un calendrier de 1792.

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Robespierre, reviens !

Pendant ce temps, la crise continue de s'accentuer et bien rares sont ceux qui essaient de nous éclairer sur ses tenants et aboutissants véritables. Il y en a au Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon notamment, qui par ses billets, sur son blog, fait, coûte que coûte, oeuvre d'analyse et de pédagogie, en prenant les citoyens et électeurs pour des gens intelligents, à qui ont peut parler de sujets complexes, sans les tenir par les ficelles électoralistes et individualistes du consumérisme politique.

En voilà le dernier exemple en date, pour bien comprendre les enjeux de la situation actuelle :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/12/26/pensees-inaud...

Ce sera tout pour ce billet de fin d'année, toujours aussi révolté, malgré les parenthèses festives et vacancières bienvenues. Avant l'époque des voeux, je vous ai donc proposé de méditer sur nos meilleurs veules...

18/11/2012

Le peuple doit faire front

Comme une douleur lancinante, la question de la crise revient sans cesse dans l'actualité, faute de prendre les mesures pour la solutionner. Depuis cinq ans désormais, elle fait partie de nos vies et sert de prétexte à ceux qui otn contribué à la déclencher, pour asseoir davantage leur pouvoir, pour promouvoir des mesures qui en ont pourtant été à l'origine, comme, un parmi tant d'autres, je n'ai cessé de le rappeler sur ce blog.

Nous avons sans surprise connu un nouvel épisode de cette obstination absurde et toxique avec l'imposition, car il n'y a pas eu débat, de la question de la compétitivité et des solutions toutes prêtes pour l'améliorer. Le fameux rapport Gallois a provoqué, avec une célérité peu commune (nous pouvons comparer avec celui qu'a rendu Jospin sur la vie politique, déjà oublié) à une prise de mesures par le gouvernement Ayrault, qui s'inspirent en bonne partie celles préconisées dans le rapport.

La discussion sur le bien fondé du constat et de la pertinence des réponses n'a pas eu lieu. La compétitivité est le problème premier de l'économie française. Point. Il faut y répondre par une politique de l'offre en allégeant les cotisations (on parle de charge dans la pensée unique) sociales et en augmentant la TVA pour financer ce nouveau cadeau fait, sans nuance de taille et de production, aux entreprises. Que ce soit un gouvernement Ps qui fasse, cette fois-ci sans fausse gêne et de façon pleine et entière, ce que le medef réclame à corps et à cris depuis des années et que même la droite n'avait pas osé faire à ce degré, n'est certes pas étonnant, quand on connaît les accointances de Hollande avec le néolibéralisme, mais du moins cela marque t'il la fin de l'hypocrisie qui dure depuis des décennies au parti de la Rose. Désormais, quiconque pensera voter pour les intérêts des travailleurs en glissant un bulletin Ps ne pourra invoquer que son ignorance, certainement pas le programme proposé.

Mais au delà de la question idéologique, de savoir que Moscovici et compagnie sont dans la droite ligne des Blair, Schroeder, Zapatero, c'est à dire clairement néolibéraux, au mieux au centre, au pire carrément à droite, le problème le plus important est de savoir si les mesures proposées sont pertinentes, si déjà, le diagnostic qui est posé est le bon.

Que nenni, bien entendu. On rejoint une nouvelle fois l'idéologie, car à ce niveau d'autisme et d'enfermement intellectuel, il ne peut s'agir que de cela. Remarquez bien qu'être idéologue est inhérent à toute démarche politique de projet, mais que le travail premier d'un opposant est de ne pas laisser passer les failles de raisonnement béantes, d'autant plus quand la théorie se fracasse sur les faits. A ce titre, la crise a mis en pièce le crédo néolibéral et précisément, les mesures décidées en grande pompe et avec les félicitations et la pression de la plupart des media et experts autorisés, ont déjà échouées par le passé et font preuve de leur dangerosité aujourd'hui même, partout où elles sont appliquées. Cela en est même dramatique dans les cas grecs, portugais, espagnol et irlandais, dont on parle moins mais qui sur le plan social n'en est pas moins aigu.

 

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Attachez bien les casques, parce qu'on y fonce et de plus en plus vite !

 

La compétitivité des entreprises françaises n'est pas grévée par le coût du travail. En effet, ce dernier est lègèrement moins cher qu'en Allemagne, le paradis économique que nous vend la médiacratie. Selon l'INSEE, le coût horaire du travail dans l'industrie est de 33.37 euros en Allemagne et de 33.16 euros en France. Plus encore dans l'automobile (Carlos Ghosn si vous me lisez), il s'élève à 43. 14 euros contre 33.38 en France. L'écart avec les pays scandinaves, régulièrement cités eux aussi en modèle n'est pas davantage en notre défaveur. Il n'y a donc pas un problème de compétitivité coût et tout l'arsenal d'allègement de cotisations qui étrangleraient les entreprises et déjà nul et non avenu.

En revanche, dans certains secteurs, il y a bien un souci de compétitivité hors coût et d'orientation économique. Mais pourquoi la France s'est elle désindustrialisée plus que certains de ses partenaires au cours notamment , de la dernière décennie ? A cause de ces fainéants de salariés, de ces parasites qui aspirent les dépenses publiques et nous écrasent d'impôts (chômeurs, immigrés, fonctionnaires, enfin toutes les légions du diable quoi). Il semblerait que ce soit plutôt à cause des rentiers qui ont préféré augmenter leurs dividendes (multipliés par trois en trente ans)  et souvent, délocaliser pour ce faire. Forcément, on produit moins en France, c'est logique. Plutôt que d'investir dans la recherche, privilégier des produits à la valeur d'usage élevée (utiles quoi), favoriser le financement des petites et moyennes entreprises par les banques, l'accent a été mis à la fois sur la rémunération de la rente et sur les services, secteur dans lequel on trouve la plus grande proportions d'emplois non qualifiés, précaires, à temps partiels et sous-payés (du coup c'est rentable).

Pour avoir une idée très précise de cette effroyable erreur de constat et de réponses afférentes, surtout de la part de politiques qu'on situait il y a peu à gauche, donc plutôt du côté des catégories les plus fragiles de la population, je ne peux que vous conseiller chaudement les deux derniers billets de Jean-Luc Mélenchon. J'enjoins les plus méfiants d'entre-vous à laisser les a priori de côté et à lire les arguments à mon sens d'une pertinence rares qui y sont développés et d'y réfléchir. Vous ne trouverez pas plus exigeant et lucide dans l'offre politique actuelle :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/11/07/on-nattendait...

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/11/16/merkhollande-...

Ce corpus idéologique, défendu avec une unanimité touchante par le Medef, le Ps et l'Ump est déjà partiellement ou complètement à l'oeuvre dans d'autres pays, avec des conséquences sociales désastreuses et des performances économiques plus que discutables. Pour ne parler que de l'Allemagne qui revient comme un leitmotiv, non seulement le dernier rapport de cette organisation peu suspecte d'être bolchevique qu'est OCDE, sur la croissance et les inégalités de 2011, souligne que les inégalités y explosent, les différentes enquêtes sur le travail y montrent une grande proportion de travailleurs pauvres (20%, en constante augmentation), mais en plus, le système économique mis en place à partir de Schroeder, ce gauchiste qui prospère désormais chez Gazprom, ne peut être viable que s'il est seul ou presque à fonctionner de cette façon, c'est à dire organiser une déflation salariale et fiscale pour concurrencer les autres pays membres de l'Union, en finançant ses importations par leurs déficits. Si tout le monde fait de même, les marchandises ne se vendent plus, ni plus ni moins et c'est la dépression généralisée. Il est en effet illusoire d'essayer de produire moins cher que les pays émergents, comme la Chine, sous peine de revenir à une situation sociale qui nous ferait goûter aux joies 19ème siècle prolétaire.

Voilà pourquoi il faut dénoncer avec fermeté le discours et les certitudes ambiantes, que le Ps a désormais clairement fait siens, dans la plus totale inconscience pour certains de ses membres, avec un complet cynisme pour d'autres. Elles nous mènent vers le chaos économique, celui qui règne déjà dans le sud de l'Europe, qui a déjà expérimenté les remèdes miracles de nos grands penseurs. Ils n'auront comme effet que d'approfondir la crise, appauvrir toujours plus de gens, en enrichir toujours davantage une infime minorité, nous priver des services publics qui nous permettent de nous éduquer, de nous soigner et d'établir cet équilibre si fragile entre libertés publiques et liberté individuelle.

Voilà pourquoi il est plus que temps que les citoyens fassent valoir leur droit. Le peuple doit faire front !

 


À bas l'austérité : Jean-Luc Mélenchon par lepartidegauche

 

04/03/2012

Prendre parti

Nous voilà à moins de deux mois désormais d'une échéance électorale très importante en France. Ces présidentielles ne devraient pas pouvoir être isolées du contexte mondial, notamment économique bien entendu, puisque la crise se poursuit, selon les modalités que j'avais évoquée dans mes précédents billets sur la question.

Nous vivons certes en ce moment une légère acalmie sur le front des dettes souveraines (en réalité tout sauf souveraines mais bon), pause qui doit tout à l'intervention tardive mais cette fois-ci dans les grandes largeurs, de la BCE. La banque centrale européenne s'est en effet décidé à lancer une quasi création monétaire, à l'opposé de ses beaux principes, tout en restant en façade dans les draps immaculée de la rigueur orthodoxe. C'est donc près de 1000 millards d'euros de liquidités qui ont été avalées par les banques, en deux opérations de refinancement à trois ans, dont l'objectif principal était de faire baisser la pression sur les taux d'intérêts de la dette des états, quasiment insoutenable depuis la fin de 2011 en Italie, en Espagne, au Portugal et dans certains autres pays, sans compter la Grèce, depuis longtemps incapable de se financer sur les marchés et sans solution alternative puisque les traités européens interdisent aux banques centrales de financer directement les états.

C'est pourtant cette impossibilité que, contrainte et forcée, pour sauver l'euro, la BCE a contourné en abreuvant le secteur financier d'euros, tout en lui conseillant d'acheter des obligations, mais sans pour autan avoir les moyens de l'y obliger. Les banques se sont fait tirer l'oreille, préférant souvent mettre en dépôt les sommes prêtées à 1% (quasiment données) par la BCE, auprès de la BCE elle-même, à des taux ridicules (0,25%) signe d'une totale absence de confiance dans la stabilité du système financier. Elles ont aussi profité de ces facilités pour faire rouler leurs propres dettes et continuer par ailleurs, à spéculer, puisque rien n'a été fait pour restreindre les possibilités dans ce domaine. Mais vu l'énormité des sommes engagées par la banque centrale européenne, le marché des dettes souveraines s'est tout de même détendu courant décembre, descendant légèrement sous les 5% pour les deux grands pays méditerranéens, tandis que le Portugal lui, miné par la récession et probable candidat à la succession de la Grèce est toujours lui, soumis aux attaques des financiers. Cela montre bien, s'il en était besoin, que le calme est très fragile et provisoire, tant la situation des deux pays de la péninsule ibérique est délicate (près de 25 % de chômage en Espagne)

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En parallèle, l'Union européenne s'enferme dans sa stratégie de l'austérité et de la rustine institutionnelle, qui sans le soutien in extremis de la BCE aurait viré à une implosion certaine. Quoiqu'il en soit cette politique a des conséquences pour le moins fâcheuses et inquiétantes pour l'avenir.

D'une part, la pression mise sur la Grèce en matière de désentettement sauvage produit des résultats catastrophiques : le PIB a ainsi chuté de plus de 7% au dernier trimestre 2011 (sur un an) et de près de 15% au total depuis le début de la saignée, qu'un médecin du 17ème siècle n'aurait pas reniée. Il se produit là l'effet habituel de l'austérité, qui réduit l'activité et donc les ressources fiscales et donc l'endettement, ce qui donne prétexte à la troïka en charge du dossier grec (Union européenne, FMI et BCE) pour réclamer plus d'effort de réduction de déficit. Le cercle vicieux dans toute sa splendeur. On attendra sans doute longtemps que ce triumvirat sans légitimité démocratique s'attaque avec la même fermeté aux évidentes faiblesses de l'état grec et notamment son impossibilité à recouvrer l'impôt que lui doivent certaines catégories privilégiées comme les armateurs ou le clergé orthodoxe (tiens lui aussi)

Il y a dans la situation grecque, à la fois la matérialisation de ce que les nonistes de gauche redoutaient au moment de leur contestation du TCE et la préfiguration de ce que sera bientôt l'Union si on laisse cette évolution se dérouler sans entraves. Non seulement les préceptes économiques des élites actuelles sont ineptes et prouvent leur toxicité, ce depuis 30 ans mais avec une irréfutabilité d'airain depuis le déclenchement de la crise en 2007, mais également, l'obstination des représentants politiques unis dans leur néolibéralisme nous entraine vers une mis à bas de la démocratie. POur preuve, on soulignera les propos outrés suite à la proposition de referendum de Papandreou en Grèce, les évocations à peine feutrées de la gêne ou de l'agacement vis à vis des élections législatives d'avril dans ce même pays, ou encore et bien évidemment, les mécanismes de contrôle budgétaire interdisant les déficits, ce qui soustrait de la souveraineté des citoyens ce levier essentiel de la politique, le tout sans qu'ils n'aient été aucunement consultés.

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Sur le sujet, la position de Jean-Luc mélenchon :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/brochures/tribune-libe-1...

Si on ajoute à ce tableau sombre mais malheureusement très factuel, les tensions entre pays, nés de la crise de la dette, mais plus globalement de la mise en compétition des pays membres entre eux, la détresse sociale qui progresse partout, même si elle se concentre surtout en Grèce et en Espagne pour le moment, la montée en corollaire de l'extrême-droite partout en Europe (voire Orban en Hongrie, mais la France est particulièrement bien placée dans le domaine), les frictions géo-stratégiques au moyen-orient, le déclin économique des Etats-Unis toujours aussi mal en point, tout est réuni pour déboucher sur un épisode particulièrement pénible.

Dans ce contexte, que penser des élections présidentielles française ? Il est évident que le sort du monde ne dépend plus de la France depuis belle lurette. Mais d'une part, il faut bien commencer la lutte quelque part, d'autre part notre pays fait partie de l'Union et a encore un rôle majeur à y jouer , pour peu qu'il retrouve un peu d'allant et de confiance en lui-même, dans les valeurs universelles qui l'ont marqué. L'Union, elle, premier marché mondial, qu'on écouterait donc avec attention si elle parlait d'une voix forte, y compris et surtout, si elle développait une parole de rupture, de changement, l'Union donc, peut, elle, décider, du moins influer sensiblement sur le devenir de notre planète.  Or, la France peut encore avoir un impact dans ce que peut-être l'Union, si elle décide d'adopter une attitude différente de celle qui est la sienne depuis trente ans.

Qui parmi les candidats, porte cette potentialité de changement ? Il n'y en a qu'un et c'est celui du front de gauche.

Il y a deux principales raisons à cela, c'est que dans son programme, d'une part, la compréhension de la crise entraine une volonté de réduire le secteur financier au rôle qu'il doit tenir, c'est à dire financer l'économie réelle, d'autre part rénover en profondeur la vie politique et la proposition de réunir une assemblée constituante est une initiative des plus cruciales, qui, dans le contexte actuel, pourrait créer une dynamique pourquoi pas similaire à celle qui a suivi les Etats généraux en 1789. Le système est moribond, il faut d'urgence penser à l'avenir et à une reconstruction du politique et partant, de l'économique qui lui est lié.

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Je conseille à tous ceux qui, abreuvés de l'opinion mediatique autorisée, seraient sceptiques sur la qualité, à la fois du programme et du candidat du Front de gauche, de lire les billets de son blog, toujours très informatifs et d'une lucidité sans égale en comparaison des autres postulants à la présidence, les deux principaux les premiers, et d'écouter, voire de participer à ses meetings qui se révèlent à chaque fois, comme une rencontre politique d'où émane un discours de gauche, social, républicain et pédagogique qui n'avait pas été entendu depuis longtemps. A ce titre, il ne faut pas manquer celui qui se déroulera le 18 mars à la Bastille, dont le thème sera la démocratie et les institutions, thème d'actualité au moment où nos dirigeants étouffent la souveraineté citoyenne en se servant du paravent européen, pour mieux imposer un régime économique qui a fait les preuves de ses méfaits. Cette réunion pourrait bien marquer un tournant dans la campagne, par l'affluence qu'elle va entrainer et la force du discours qui y sera tenu.

La gravité de la situation est telle aujourd'hui que les expédients d'une alternance qui résulterait du vote utile, en réalité de la négation du choix électoral, apparaissent comme totalement sous-dimensionnés face à une crise de système, qui à moins d'un véritable changement de cap, nous mène droit dans le mur. Pour ma part , je choisis Jean-Luc Mélenchon, parce qu'il est temps que le pouvoir nous reviennent à nous les citoyens. L'heure est venue de solidement prendre parti !

http://www.jean-luc-melenchon.fr/

30/12/2011

Pas trop mauvaise année !

L'exercice 2011 se termine avec un bilan sur le plan économique, politique et social désastreux et il faut être tombé étant petit, dans une plantation d'herbe prohibée, pour pouvoir être optimiste quant à celle qui vient. Il n'y a qu'à citer les derniers efforts en date s'acharnant à dissoudre l'Etat providence et plus généralement le modèle social protecteur qui avait été édifié en Europe au sortir de la deuxième guerre mondiale, pour que la besace pèse définitivement bien lourd sur l'épaule. Rien qu'en France pour les derniers jours de Décembre, la SNCF continue dans la logique de privatisation à nous faire détester le train (financièrement dans un premier temps, avant sans doute de craindre pour la sécurité une fois le traffic définitivement ouvert à la concurrence), le système de santé tombe par pans entiers comme les glaciers groenlandais (les mutuelles vont devenir un luxe, on incite les nouvelles mamans à passer le moins de temps possible à la maternité sous des prétextes variés qui n'arrivent pas à maquer le désir systématique de réduire les coûts, toujours au détriment des plus fragiles), le secteur financier continue de se gaver quasi gratuitement des liquidités déversées généreusement mais très hypocritement par la BCE,  avec à la clé, un léger sursis pour l'Euro (monétisation indirecte et non assumée) mais des résultats sur l'économie réelle qu'il faudra, comme aux Etats-Unis, rechercher au microscope à balayage électronique, tandis que les Etats sont priés de réduire la voilure si drastiquement que la vrille est inéluctable.

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La course est lancée : qui disparaîtra en premier des glaciers ou de l'Etat protecteur, victimes de la même logique finalement...

 

2012 est une année électorale en France et aux Etats-Unis. Mais il faut être là aussi shooté à la dopamine pour en espérer quoi que ce soit. A défaut d'espérance, il y a tout de même une éthique de la conviction à adopter en essayant le plus possible de travailler idéologiquement pour saper l'édification néolibérale qui atteint son apogée après trente ans de travail sur les esprits, au moment où les faits démentent pourtant catégoriquement son efficacité. Mais l'inertie des mentalités est ce qu'elle est. Le mythe de Cassandre est toujours d'actualité et il est pour le moins crispant et douloureux d'avoir raison trop tôt. Quand bien même, il faut continuer à montrer en quoi le modèle actuel s'avère être une impasse et proposer les alternatives. L'arène politique comme elle est structurée actuellement permet peu d'évolution, en tout cas sans doute pas suffisante pour faire virer suffisamment le grand paquebot de l'économie mondiale. Mais nous ne risquons strictement rien à essayer de peser sur les rapports de force du moment. C'est à ce titre que mon vote se portera très probablement sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon dont j'encourage la lecture du blog (dans mes favoris) pour s'apercevoir que même si le projet, voir l'homme, ne sont pas parfaits, ils demeurent sans doute les plus pertinents et les plus équilibrés de l'offre pour la présidentielle 2012, loin en tout cas, des caricatures qu'en font souvent les media et ses adversaires, très loin de la fuite en avant qui sert de programme à la droite, de la coquille bien vide et inadaptée aux enjeux des socialistes et d'une grande partie des verts malheureusement (Eva Joly aurait bien davantage sa place au Front de Gauche)

Quoiqu'il en soit et qui plus est dans ce contexte bien difficile, je vous présente mes meilleurs voeux pour 2012, en vous souhaitant une pas trop mauvaise année !

 

P.S : l'Hiver, c'est quand tu veux pour arriver. Tu vas pas t'y mettre aussi !

 

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Pas trop mauvaise annééééééééée !!!

14/11/2011

Money time

La crise procède comme vous l'avez sans doute remarqué, d'un calendrier de plus en plus accéléré. Elle s'emballe, tout simplement, faute d'une prise de conscience réelle de nos dirigeants ou, pire, de leur volonté de ne pas accepter ce qui est pourtant désormais imparable : le chute de ce système.

Depuis déjà quelques années, votre serviteur, inspiré par ses lectures et ses propres réflexions mâtinées d'une intuition qui pour le moment ne l'a pas trompé, a dessiné l'alternative de notre époque comme suit :

-les décideurs ne se soumettent pas aux faits, préservent leur pouvoir et leurs intérêts coûte que coûte. Ils essaient de sauvegarder le système néolibéral en contournant, voire en supprimant la démocratie. Cela leur permet de faire porter tout le poids économique sur les classes populaires et moyennes, qui sont sommées de faire toujours plus de sacrifices, pour permettre aux rentiers de ne pas assumer le risque des placements financiers pour le moins aventureux qu'ils ont consentis. (les petits épargnants sont le noeud du problème, puisqu'ils servent de caution aux financiers pour se préserver, mais comme je l'ai déjà montré dans mes derniers billets sur la crise, c'est un argument qui peut aisément être démonté)

-la prise de conscience d'une fin de règne s'impose à une majorité et l'hétérodoxie économique est mise en oeuvre afin de sauver le monde d'une période potentiellement dramatique qui suivrait un chaos économique. Il suffirait pour cela de revenir sur certains dogmes, à savoir permettre à la banque centrale européenne de financer directement les états pour les soustraire au chantage du marché et remettre en place un contrôle des capitaux pour définitivement court-circuiter le secteur financier et permettre aux investissements d'alimenter l'économie réelle, avec à la clé une meilleure répartition des richesses. Cette solution se heurte bien entendu à l'opposition radicale de la finance, relayée par le gouvernement français pour ne citer que lui, qui défend les banques avec un acharnement qu'on aimerait lui voir quand il s'agit du service public. Elle bute également sur les idéologues monétaristes et ordo-libéraux, très représentés à l'échelle de l'Union et surtout de l'Allemagne, sourde à toute tentative de monétiser la dette (financement direct) et agitant le spectre de l'hyper-inflation de l'année 1923, qui a certes durablement marquée les esprits par sa violence bien réelle, mais sert aujourd'hui de subterfuge pour camper sur des positions pourtant intenables économiquement, y compris pour les intérêts allemands à moyen terme.

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Si vous n'êtes pas aveugles ou de mauvaise foi, vous aurez conclu que c'est la première option qui a été choisie. Les derniers épisodes grecs et italiens en témoignent de façon presque caricaturale et transparente : il n'y a qu'une politique possible, demander aux citoyens leur avis est passible d'excommunication inflexible (même si le referendum grec était tout sauf dirigé vers les électeurs de la part de Papandreou), tout politique qui n'est plus en mesure de tenir la barre solidement est prié de déguerpir, on le remplace par un représentant quasi officiel du secteur financier favorable au "fédéralisme européen", c'est à dire en ce moment, à la prise de pouvoir des marchés (Papademos a été vice-président de la BCE et proche de Goldman Sachs, Monti est conseiller de la même méga-banque)

Certains vous diront que ces "experts" sont incorruptibles et valent bien mieux que les dirigeants qui viennent d'être exclus. On les trouve parmi les européistes les plus forcenés et bien entendu chez les néolibéraux qui ont toujours affiché leur défiance du politique et leur préférence vis à vis de la "gouvernance économique". Se passer de la consultation citoyenne est pour eux un signe de sagesse. Vous noterez qu'ils justifient la pertinence de leurx choix par les sondages qui montrent qu'une large majorité en Grèce comme en Italie, se réjouit du départ des anciens premiers ministres, ce qui vaut automatiquement soutien aux futures politiques d'austérité qui ne vont pas manquer d'être menées comme d'aggraver encore la situation (mais on ne change pas une méthode qui perd). Gourverner en s'appuyant sur les sondages, c'est une garantie démocratique, tout le monde en conviendra n'est ce pas ?

Cependant, au contraire d'un Jean Quatremer, taulier du blog Les coulisses de Bruxelles, partisan du recadrage technocratique, qui hésite entre ce genre de retour de flamme propagandiste et une lucidité épisodique quand il se range à l'idée que seule la BCE peut sauver l'euro en rachetant sans limite les dettes publiques, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour dénoncer cette dérive autoritaire, au nom de l'Union, des marchés ou des deux à la fois. Ainsi, Jean-Pierre Jouyet, europhile s'il en est (président de l'autorité des marchés financiers et ex secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes du gouvernement de François Fillon), vient de dénoncer récemment la "dictature de fait" de la finance, contre laquelle les citoyens finiront par se révolter.

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Nous en sommes donc là aujourd'hui, dans une dérive très prévisible de la situation politique, quand les mesures préconisées pour solutionner la crise, elles, sont toujours les mêmes et d'une inefficacité catastrophique. La récession s'invite à nouveau, l'austérité agit de façon pro-cyclique en contractant l'activité, les revenus fiscaux et donc en augmentant encore l'endettement, les marchés, comme des vautours, dépècent la bête en exigeant d'elle qu'elle leur fournisse plus de viande. Quand Nosferatu constatera que l'aurore pointe, il s'apercevra trop tard que tout le sang aspirée à sa victime désormais défunte, n'a servi qu'à raccourcir sa vie de mort-vivant. Nous serons à ce moment là, tous sur le même bâteau, malheureusement...

Mais la période est encore aux sommets ultimes de la dernière chance qui ne se représentrera plus, dont on célèbre le néant décisionnel avec fastes pompes et moulinets de bras. Le FESF, fonds de solidarité est mort né, produit de vielles recettes financières (effet de levier, véhicule financier spécial) qui sont directement à l'origine de la crise. Il a de plus été fauché à la fois par les refus dogmatiques allemands et la future dégradation de la note française, qui ne permettra plus d'en faire un outil considéré fiable par le secteur financier. Ce dernier en aurait pourtant largement bénéficié mais il est pourtant directement à l'origine de cette fragilisation par ses attaques sur les dettes publiques. Le serpent se mord la queue...

Le temps s'accèlère, la situation s'aggrave. Il y a pourtant des solutions, comme je l'ai déjà dit. Financement direct des états, contrôle des capitaux, restructuration du secteur financier (certaines mesures sont préconisées par Frédéric Lordon, voir mes favoris), discussion avec la Chine d'un nouveau système monétaire plus équilibré, qui pourrait s'isnpirer largemement du Bancor de Keynes (voir le blog de Paul Jorion en lien dans mes favoris), au final, une meilleure répartition des richesses et une économie durable. Ces solutions sont portées par une certaine offre politique, celle de Jean-Luc Mélenchon par exemple. Une partie des Verts les défendent également...

La partie s'accélère et il ne reste plus beaucoup de temps avant un basculement irrémédiable. Comme au basket, c'est le moment crucial, qui porte diablement bien son nom, du money time... 

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24/08/2011

La dernière chance

L'été, comme prévu, aura été agité sur le front de l'économie. Nous avons assisté au déclenchement du deuxième grand chapitre de la crise avec la plongée des bourses, suite à la dégradation de la note des Etats-Unis et de l'aggravation de la crise de l'Euro. La prospective des hétérodoxes, s'est donc révélée exacte, eux qui prévoyaient un scenario en double dip après la chute de Lehman Brothers, c'est à dire une dépression scandée par au moins deux dégringolades économiques. Le profil attendu était en W, soit une reprise après le premier plongeon, suivi d'un nouveau avant un éventuel rebond. Il s'avère en fait que les analyses les plus pessimistes, mais aussi les plus lucides, qui concluaient à une crise systémique et une fin d'époque, étaient bien les plus pertinentes, car en fait de W, on assiste plutôt à un déroulement en double L, c'est à dire, à une descente irrémédiable, ponctuée de gros trous d'air, sans remontée véritable.

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Il convient de faire un bref rappel de la situation et de ses tenants et aboutissants. Si le diagnostic est sans appel vis à vis du capitalisme financiarisé (le modéle dit néolibéral), c'est qu'il a tout simplement détruit son moteur à force d'alimentation en carburant instable : le crédit, la dette. Reposant sur la consommation, le système a conjugué augmentation de la rentabilité actionariale, des profits en règle générale, basés notamment sur la compression salariale, les délocalisations etc, avec l'explosion du crédit, pour compenser la baisse relative des revenus du travail par rapport à ceux du capital (environ 10 points de Pib en trente ans). Parallèllement, le marché de la dette publique, confié au privé suite à un enchaînement de décisions politiques, a produit une augmentation énorme de celle-ci. Pour résumer de façon schématique, le choix unilatéral de Nixon de faire flotter le Dollar, donc de le décrocher de l'étalon or, afin de pouvoir endetter son pays sans limite et au frais du monde entier (hors communiste), pour l'alimenter dans la course folle avec l'URSS, ruineuse, a signé le début de la période. Les autres pays devant s'adapter, ont eux aussi crée un système de changes flottant (et son marché), tout bénéfice pour les spéculateurs et les rentiers, d'autant plus qu'il imposait quasiment que les banques centrales soient mises en indépendance des Etats, répondant ainsi à une nécessité théorisée par l'Ecole de Chicago sur les fluctuations de masses monétaires et la lutte contre l'inflation.

Ce changement a fait d'une pierre deux coups : livrer le financement des Etats au privé, placement sûr et juteux qui a largement contribué à faire enfler les créances publiques, et garantir une augmentation des prix très limitée (mission fondamentale de la banque centrale européenne), ce qui permet aux rentiers de ne pas voir s'effriter leur précieux patrimoine financier au cours des ans.

Le dernier volet de ces politiques a consisté en la libéralisation quasi totale du secteur financier, garantie par le libre circulation des capitaux (et la libre existence des paradis fiscaux), là encore aspect fondamental de la construction européenne. A partir de là, la finance s'est développée sans mesure, avec les conséquences que l'on connaît aujourd'hui, à savoir une insolvabilité générale des agents économiques par abus de crédit, abus qui résulte de la captation des richesses par une petite minorité. Le château de carte est désormais à la merci du moindre coup de vent...

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Vous comprendrez que la réponse des politiques depuis les débuts de la crise est totalement inadaptée, puisqu'elle ne vise qu'à essayer de remettre le bâteau à flot, c'est à dire perfuser la finance, sans s'intéresser à la cause fondamentale du problème : l'insolvabilité. En fait, c'est une partie de la créance privée qui a été prise en compte, celle des banques et des gros spéculateurs. Les gros risqueurs n'ont pas eu à supporter le prix du risque et ont tranquillement fait passer leur dette aux Etats bien serviables (bien serviles), puis ils ont pu non moins sereinement reprendre les affaires en jouant sur la dette publique qu'ils avaient contribué à faire exploser. Au final, on demande aux contribuables de régler la note en agitant le spectre satanique de l'endettement, qui ne se combat qu'à coup de "règle d'or", autrement dit en faisant payer les contribuables (directement par les impôts, indirectement par la casse des services publics dont l'activité est jetée en pâture aux gros intérêts privés)

Il y a un léger souci, au delà du scandale moral qui voit les dominants s'essuyer une nouvelle fois les pieds sur les classes populaires et moyennes pour solde de leurs comptes, c'est que le coeur du modèle n'est pas réhabilité. Qui va consommer, qui va faire vivre le tissu économique ? L'austérité est déjà payée de résultats probants puisque la Grèce voit son PIB faire le saut de l'ange (- 6.9 %), que les autres pays soumis au même traitement suivent et qu'on voit mal, dans ces conditions, comment les Etats vont trouver les recettes pour faire diminuer la dette, sauf à saper encore une fois les budgets publics, ce qui ne manquera pas de faire encore chuter l'activité, donc les recettes etc...

Or, vous n'aurez pas manqué le feuilleton de la zone euro, soumise à la question par les marchés, qui réclament tout et son contraire, c'est à dire la réduction de la dette par l'austérité, pour que les obligations redeviennent ce produit financier garanti contre tous les risques de l'univers, mais qui ordonnent de ne pas casser la croissance sous peine de panique boursière (les marchés sont si sensibles, heureusement que les gentilles mamans Etats s'en occupent si délicatement). Le souci donc c'est que l'austérité casse la croissance. S'il fallait un indice de l'état de coma dépassé du système, en voilà un qui est probant.

Il n'y a désormais que peu d'alternatives. Il faut un assainissement des créances et il est clair que celui en cours est mortifère pour l'économie. Il ne faut pas tergiverser, cela signifie une perte séche pour certains, idée qui fait bien évidemment frémir tous les spéculateurs et qui les fait dégoupiller une grenade à toute évocation de restructuration et à plus forte raison de défaut. Il reste en outre, l'argument hypocrite concernant l'implication de presque l'ensemble de la population dans le système financier via l'épargne, quelle soit en obligations ou en actions (assurances-vie, PEA etc ). La menace est donc de faire tomber le monde entier avec les riches, au cas où un éclair de probité et de logique atteindrait le cerveau de nos braves dirigeants, les conduisant à accepter l'inéluctable issue du non paiement des dettes.

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D'un côté le secteur financier, la grande majorité des politiques et pour le moment sans doute des "petits épargnants" soutiennent l'austérité en prévention du grand chaos financier au cas où on toucherait un cheveu de la finance, de l'autre se profile le grand chaos financier , produit de l'essouflement du système qu'on essaie de soigner en le privant d'oxygène. L'issue est assez certaine, la moindre des responsabilité est d'y faire face, de l'anticiper avant d'atteindre les rapides...

Il faut donc se résoudre à l'abandon de certaines créances, les moins légitimes. Pour cela, il faut rendre le marché incapable de nuire et donc le court-circuiter : recouvrer le pouvoir d'émission de monnaie pour les Etats et contrôler les flux de capitaux pour finir par une restructuration complète du secteur ( voir les solutions proposées par Lordon, le Slam ou Jorion, l'interdiction des paris sur la fluctuation des prix. Les liens vers les blogs correspondant se trouvent dans mes favoris) en association avec une refonte du système monétaire mondial, avec pour objectif une meilleure répartition des richesses, une diminution des inégalités et donc une société moins violente, plus coopératrice, moins compétitrice. La réponse pourrait être proche du bancor de Keynes par exemple, pour équilibrer les balances commerciales en pénalisant les pays qui exportent trop ou importent trop. Cela aurait pour effet de lisser les tentations salariales déflationnistes comme en Allemagne et bien entendu dans les pays émergents, ou permettre de garder, tout en y incitant, un tissu industriel local pour les régions à tendance sur-consumériste et endettée, qui de ce fait, le seraient moins, la Grèce par exemple.

Il est essentiel de souligner que 95 % de la population à tout à perdre à vouloir sauver ses petites économies et plus largement, sa peau, de façon individuelle. A la crainte légitime de perdre ses bas de laines (parfois acquis en toute complicité, même inconsciente, avec le système. Hé oui, 5 ou 6% d'intérêts, ça ne se trouve qu'en dépouillant quelqu'un d'autre, quelque part, ailleurs, mais parfois soi-même, voir mes précédents billets sur la crise pour des exemples), on peut répondre que l'Etat, en battant à nouveau monnaie librement, pourra organiser des garanties sélectives, tout en permettant une inflation qui érodera mécaniquement les créances, rapprochant à ce titre les débiteurs de la solvabilité nécessaire à une saine reprise de l'économie.

La tentation du repli sur soi, en se surestimant (winner attitude), en méprisant les autres, voire en voulant leur nuire, sous quelques prétexte que ce soit, c'est la garantie de laisser les dominants (5% de la population) appliquer les recettes qui préservent leurs intérêts et c'est par le jeu politique, le risque évident de tomber dans le populisme, au sens péjoratif du terme, en réclamant des boucs émissaires (les immigrés, les étrangers, les fonctionnaires, les chômeurs etc), en favorisant les logiques de confrontations, dont les pauvres et les moins aisés en général, sont les premiers tributaires. Comment ne pas penser aux sociétés autoritaires et liberticides dépeintes dans les oeuvres d'Orwell, de Bradbury ou d'Huxley ? Même s'il paraît que l'Histoire ne repasse pas les plats, le souvenir des années suivant la Grande Crise de 29, où on vit les mêmes erreurs qui sont actuellement commises aujourd'hui , avec l'aboutissement cauchemardesque qui suivit, suffit à vouloir écarter, en toute logique, ces scenarii de l'exclusion, de la stigmatisation des plus fragiles entre eux.

La solution ne peut être portée que par un projet solidaire, j'entends par là, un projet de solidarité institutionnalisée, comme le Conseil National de la Résistance avait su le mener au sortir d'une épreuve parmi les plus dures qu'ait traversée notre pays. Aujourd'hui, c'est une mission que l'Union européenne devrait se faire l'honneur d'assurer, en remisant aux poubelles, ses fondations économiquement libérales qui n'ont su que metttre les pays et leurs populations en compétition et contribuer grandement au déclenchement de la crise que nous vivons. Elle pourrait ensuite, forte de sa puissance économique et de la tradition universaliste de son histoire, faire pression sur les autres blocs pour élaborer un nouveau système d'échange, plus harmonieux. Nous pouvons tous, en tant que citoyens, faire pression, pour que nos dirigeants s'y conforment et corrigent la trajectoire, avant l'impact destructeur qui nous est promis si rien n'est tenté pour s'éloigner d'une orthodoxie néolibérale totalement et implacablement discréditée dans les faits. Ce serait, pour la réhabilitation de l'humanité, la dernière chance...

19/07/2011

La fin de l'histoire...

Qui se rappelle de Francis Fukuyama, qui, se servant sans vergogne dans le vivier d'illustres philosophes, en avait quelque peu détourné les préceptes pour théoriser la victoire sans discussion du modèle américain, c'est à dire de la "démocratie de marché". C'était au sortir définitif de la guerre froide. Le Mur de Berlin n'était plus debout, le géant soviétique, gisait terrassé par la course qu'il avait accepté de livrer avec l'autre super-puissance. Il n'y avait plus d'obstacle au capitalisme, qui allait désormais s'imposer dans la joie et la félicité, pour l'éternité. Nous étions à la fin de l'Histoire...

Les tenants du marché totalement libre s'en sont alors donnés à coeur joie en généralisant jusqu'aux moindres parcelles de la vie quotidienne, les dogmes de ce capitalisme financiarisé, que nous appelleront du vocable généraliste de néolibéral, mais qui regroupe diverses théories économiques comme celles issues de l'école néo-classique, celle de Chicago avec les monétaristes friedmanniens, les ultra-libéraux disciples d'Hayek et les ordo-libéraux plutôt germaniques.

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Une belle tête de vainqueur, ce Francis !

 

La ruée vers les profits n'a plus connu de limites et a réorganisé en profondeur la société, son rapport à l'argent, au travail, aux individus, phénomène déjà enclenché depuis le milieu des années 70 et brutalement accéléré avec la disparition de l'idéologie adverse, qui a entrainé la chute de toute la gauche avec elle, soit par complicité d'icelle, les socio-démocrates se rangeant dans cette catégorie, soit par ricochet intellectuel, la gauche dite radicale (en réalité aujourd'hui la gauche redistributrice, socialiste en somme), en ayant fait les frais.

Il s'est opéré durant cette période un transfert des revenus, du travail, vers le capital, à la suite des diverses libéralisations, de la libre circulation des capitaux notamment, transfert générés par la hausse des rendements actionnariaux, eux-mêmes corollaires de la recherche de la compétivité, fruit certes de l'innovation, mais surtout de la compression des coûts. La productivité en forte hausse y a participé, mais c'est bien par la compression salariale, sous la pression de nouvelles méthodes de management (j'aurais tendance à dire pour ma part en appliquant LE management, puisque ce terme est avant tout un vecteur idéologique) et de l'externalisation des productions dans les pays à très faible salaires (Chine etc...) que les actionnaires ont obtenu ce qu'ils voulaient. Puisque, dans le même temps, il fallait bien acheter les produits, le crédit s'est substitué à la hausse des rémunérations des employés.

En parallèle, à la fois pour parer à l'abandon en 1971 de l'étalon or par Nixon, de l'instauration d'un système de changes flottant pour les monnaies, et pour éviter les phénomènes inflationnistes peu appréciés des rentiers, les Etats se sont délestés de la possibilité de créer de la monnaie et donc de se financer directement. Ils ont donné leur indépendance aux banques centrales et ont fait appel au privé pour négocier leur dette. La France s'y est conformée en 1973 et curieusement, le gonflement de la dette publique a automatiquement commencé. Il faut dire que c'est un juteux marché, incroyablement sûr pour les investisseursn du moins l'était jusqu'à ce qu'on dépasse les limites du raisonnable et qu'on en arrive à tuer la poules aux oeufs d'or.

De concert, dans une bonne humeur partagée, les dettes privées et publiques se sont engraissées, jusqu'au moment où le système allant au bout de sa logique de captation des richesses par une minorité, n'a plus tenu qu'à un fil, tant l'insolvabilité virtuelle d'une grande majorité d'acteurs économiques était énorme. Elle fut de plus étendue et complexifiée par une batterie d'instruments financiers censer disperser le risque, si apprécié par les capitalistes, qui cherchent pourtant par tous les moyens à l'éviter. Il s'agit des fameux produits dérivés, aux acronymes aussi mystérieux que leur traçage est difficile : CDO, CDS etc...

Tout cela marche tant que la croyance en l'éternité de la hausse des profits n'est pas enrayée par un petit détail fâcheux, un mécréant qui va poser une mauvaise question ou soulever un coin de tapis avec de la poussière dessous. Les fameuses agences de notation, si décriées aujourd'hui parce qu'elles ne vont plus dans le bon sens, ont joué le rôle de prophètes de bonheur, attribuant le non moins célèbre triple A, la meilleur note possible garantissant une solidité financière au dessus de tout soupçon, à tout ce qu'on voulait bien leur présenter. Il faut dire que souvent, les clients, banques, hedge funds..., étaient souvent aussi les notés ainsi que leurs produits. Et il y avait tellement de fric à se faire...

Il y avait bien eu des alertes pourtant, depuis la libéralisation du secteur financier. Les crises financières se succédaient de plus en plus fréquemment, alors qu'il n'y en avait quasiment pas eu durant les trente glorieuses, quand les capitaux étaient contrôlés. Une affreuse période bolchevisante heureusement révolue, qui avait laissé le champ libre au capitalisme financiarisé et ses petites embardées si naturelles et si créatrices in fine selon ses défenseurs (crach de 1987, crise de 1993, bulle internet en 2001...)

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Puis vint la chute de la banque Lehman Brothers et la prise de conscience brutale que tout le crédit et la titrisation de ce crédit qui avait été produite ne serait pas remboursés, que les ménages américains sur-endettés et sous salariés, ne pourraient faire face à leurs engagements. Boum, l'immobiler, boum les banques, boum, l'économie dans son ensemble.

Il y avait à ce moment là deux options.

La première était de tirer rapidement les leçons de la folie spéculative des trente dernières années et de ses causes, de prendre les établissement financiers en tutelle des pouvoirs publics et d'organiser une restructuration de la dette, en privilégiant les citoyens, afin de les rendre solvables, ce qui en conséquence aurait permis aux créanciers et donc aux banques, de retrouver une certaines assise, malgré des pertes incontournables, notamment pour ceux qui avaient risqué en dépit du bon sens et du bien commun.

La deuxième était de sauver sans condition les banques par l'argent public et opérer un immense transfert de la dette, du privé, au public. Cette solution privilégie clairement les rentiers aux travailleurs. Certes, ils sont parfois les mêmes et c'est le piège ultime de ce système que de s'être assuré par ses composantes les plus fragiles. Mais une garantie par niveau d'épargne aurait été possible ce qui aurait permis de punir les gros spéculateurs...

Vous savez quelle solution a été choisie et quelles en ont été les conséquences. Les dettes publiques ont explosées et la finance, remise sur pieds et en pleine santé, exigeant de ses sauveurs d'apurer un gouffre qu'elle avait creusé, afin de mieux aspirer ce qui reste d'actifs (l'argent public qui ne termine pas dans ses poches, d'où la demande urgente de privatisations et de réduction du périmètre de l'Etat. Il y a encore quelques marchés à conquérir pour les criquets de la finance)

Nous en sommes là aujourd'hui, au moment où ce qu'il faut bien appeler une oligarchie, tente, avec la complicité plus ou moins consciente des représentants élus, de substituer son pouvoir à celui des citoyens. La récente discussion autour de ce qui est déjà appelé de façon panurgique par les media, la "règle d'or", à savoir fixer dans la constitution l'obligation faite aux états de présenter des budgets en équilibre, est une façon de canaliser l'offre politique, et les solutions économiques qu'elle peut mettre en oeuvre suivant l'idéologie qu'elle porte. Il ne doit plus y avoir d'alternative à ce que le profit soit détourné par une minorité...

Ce faisant, ceux qui soutiennent ce programme jouent terriblement avec le feu. L'économie occidentale est saignée par les plans d'austérité qui font payer les contribuables plusieurs fois : une fois pour assurer donc, le transfert de la dette privée vers les états, une deuxième par la réduction du champ des services publics, ce qui constitue autant de salaire indirect en moins en même temps que cela accroit de facto les inégalités, une troisième par la déprime de l'économie, les pertes de salaires voire d'emplois que provoquent les politiques actuelles. On se demande comment va bien pouvoir tourner l'économie. Les limites de l'économie de l'offre, le modèle allemand par exemple, axé sur l'industrie et la déflation compétitive (donc par l'appauvrissement d'une bonne partie de sa population, 20% de travailleurs pauvres tout de même), c'est qu'il faut tout de même trouver des acheteurs (rôle tenus par les affreuses cigales jusqu'à maintenant).

Les conséquences sociales et donc politiques de ce choix peuvent s'avérer pour le moins explosives. Il n'y a qu'à constater la montée de l'extrême-droite partout ou presque en Occident pour s'en rendre-compte. Les replis nationalistes sont dores et déjà à l'ordre du jour et certains réflexes qu'on croyait disparus refont surface. L'Allemagne est tentée par l'égoïsme et un chemin solitaire qui réveillent de vieilles inquiétudes, d'autant que la France, son partenaire d'équilibre indispensable en Europe, est loin d'être à la hauteur des enjeux, faute de dirigeants un tant soit peu lucides et compétents (en réalité la plus belles bandes d'incapables et de charlots qu'elle ait compté à sa direction depuis les débuts de la cinquième république).

L'Union européenne est, elle, sous la coupe d'idéologues fanatiques dont le gouverneur de la banque centrale euroépenne, Jean-Claude Trichet, est un exemple quasi caricatural, crispé sur le dogme monétariste qui a conduit la monnaie unique à la fragilité qui est la sienne aujourd'hui. Alors qu'elle constitue le premier marché mondial donc un espace décisionnel incontournable, elle est incapable de prendre les bonnes décisions pour sa survie, à savoir revenir sur les traités et autoriser le financement direct des Etats ainsi que le contrôle des capitaux, ce qui mettrait un terme à la crise de la dette publique en Europe, en court-circuitant les marchés, et forcerait probablement le monde à discuter d'une autre organisation monétaire. Au lieu de cela, la tentation est grande, face aux forces centrigufes issues pourtant du modèle gravé dans les traités, de passer en force et de cristalliser définitivement le néolibéralisme dans une construction qui n'aurait plus grand chose de démocratique, le tout pour prolonger quelque temps seulement la vie artificielle d'un système économique à bout de souffle.

Force est de constater que les analyses prospectives des nonistes de gauche depuis 2005 se sont révélées exactes et que l'autisme continue à régner en haut-lieu, porteur des conséquences potentiellement des plus funestes.

Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins, ce qui relègue ce brave Fukuyuma dans les oubliettes de l'Histoire qu'il voulait terminer. Certes, une page va se tourner afin d'écrire une suite qu'il faut être bien optimiste pour espérer belle à court terme. Pour le monde que nous avons connu depuis trente ans, c'est la fin de l'histoire...

 

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Bonne vacances quand même ! (tant qu'on en a faut en profiter...)

06/03/2011

Le monde marche sur la crête

Tenter une synthèse et une analyse de l'actualité en ce moment n'est pas chose aisée.

Il n'aura échappé à personne que certains évènements se sont déroulés en afrique du Nord et au proche-Orient. Révolte, révolution, guerre civile ou simple mouvement de contestation, il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions.

Moins visibles sont les éléments qui indiquent la poursuite de la crise économique. Ils sont pourtant bel et bien présents. Certains ont participé au déclenchement des émeutes en Tunisie ou en Egypte, la spéculation sur les produits agricoles notamment, qui renchérit le coût des produits de première nécessité. D'autres, qui tiennent à la gestion erronée de la crise, mécontentent les populations tout autour du monde, y compris aux Etats-Unis, touchés par une contestation d'ordinaire bien sporadique dans ce pays. Ainsi la ville de Madison au Wisconsin a été le théâtre d'affrontements en réponse au souhait du gouverneur républicain de l'état de restreindre drastiquement les marges de manoeuvre des syndicats, entre autres mesures anti-sociales.

http://www.nytimes.com/2011/03/06/us/politics/06union.htm...

Les media français et probablement européens ont peu ou prou passés sous silence cette lutte qui dure depuis trois semaines, ce qui m'oblige à citer un lien anglophone pour donner quelques informations sous couvert de neutralité (bien entendu de nombreux sites de gauche relayent l'actualité de cette contestation, celui-ci par exemple : http://www.unmondeagauche.fr/?p=3158)

 

 

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Madison, petite ville pas si tranquille des Etats-Unis

 

 

En Irlande, le gouvernement a payé cash son plan de sauvetage des banques et la politique de rigueur qui s'en est suivie, en Grèce, les grèves générales se succèdent et la possibilité d'une restructuration de la dette, qui mettrait en difficulté les banques, françaises et allemandes notamment, est de plus en plus difficilement écartée, alors même que les orthodoxes affirmaient il y a encore quelque temps qu'il n'en était pas question et que ce ne serait pas nécessaire, que l'austérité suffirait à apurer les budgets. La surdité aux arguments lucides a comme limite la survenue des faits.

En Islande, dont on ne parle pas davantage que de Madison, les citoyens ont refusé de payer pour la gestion irresponsable de leurs banques et des établissements étrangers. Ils ont démis le gouvernement sortant et planchent actuellement sur une nouvelle constitution, malgré un recours en annulation porté par les quelques conservateurs de service qui demeurent là-bas comme ailleurs.

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Pour la révolution, suivez la flèche !

 

Dans un autre genre, il y a donc aussi les confrontations en Tunisie, Egypte, Lybie, Yemen et sans doute ailleurs bientôt...Le point commun, c'est la lutte contre une oligarchie qui s'arroge tous les pouvoir et la richesse induite (et inversement). En première analyse, on peut penser que les puissances occidentales et les américains en particulier ont été pris de cours et cherchent depuis à accompagner les mouvements, parfois très maladroitement et pathétiquement, comme malheureusement notre pauvre pays, qui boit décidément le calice jusqu'à la lie depuis l'arrivée du président actuel.

On ne voit en effet pas pourquoi, les services secrets des pays développés, à la solde des financiers auraient oeuvré pour déstabiliser une région qui était pour l'heure assez docile, avec de bons régimes autoritaires assez sains pour les affaires, amicaux envers l'économie de marché et pas partageux pour un sou. Il faut donc impérativement préserver les intérêts des multinationales d'un possible revirement de tendance dans ces pays. C'est ainsi qu'au silence gêné et aux condamnations molles des Obama and Co, on peut penser qu'on succédé les manoeuvres de l'ombre pour éviter que les peuples ne prennent réellement leurs affaires en mains. Cela dit, est-il à craindre pour le néolib vaguement inquiet, que ces révoltes aboutissent en révolution et travaillent à changer le système ? Rien n'est moins sûr, tant le consumérisme a un pouvoir d'inertie assez impressionnant. Il faut encore attendre pour voir...

 

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Les égyptiens ne sont pas restés les bras croisés mais vont-ils garder la main ?

 

 

Néanmoins, ces évènements n'auraient pas eu lieu sans la crise et si les tenants néoconservateurs de la Fin de l'Histoire ne vont sûrement pas se priver de remarquer qu'une fois encore, le marché et la liberté vont main dans la main, au cas où on verrait tunisiens et égyptiens manifester pour le droit de faire la révolution sur facebook en direct de leur Ipad, ils taieront avec une pudeur d'hypocrite, les motifs qui ont abouti à la situation actuelle. On ne citera que le libre cours laissé à la spéculation pour illustrer ces facteurs. Echaudés par les dettes publiques qu'ils ont eux même creusées, les financiers délaissent en effet les obligations d'Etat pour les produits naturels, toujours abreuvés qu'ils sont de liquidités par les banques centrales, océan d'argent qui ne quitte jamais la virtualité des cotations informatisées, sans jamais irriguer l'économie réelle. Le résorption du chômage peut attendre et attendra...

En revanche, les politiques d'austérité, les coupes dans les budgets sociaux, les lois liberticides, elles ne souffrent aucune patience. Le Royaume-Uni de Cameron se lance ainsi dans une folle et absurde épopée libérale et individualiste dont lui seul à le secret depuis Thatcher, ce qui ne va pas là bas non plus sans réveiller enfin et quelque peu les consciences solidaristes et simplement, l'intelligence collective. Chez nous, les opérateurs internet sont discrètement sommés de garder toutes les informations personnelles de tout contributeur sur internet (dont votre serviteur donc), pendant un an. Il en va de la sécurité et de l'ordre...

Nous vivons le dernier épisode de la guerre idéologique menée depuis trente ans pour abattre les protections sociales élaborées après la seconde guerre mondiale. La crise, qui a sapé entièrement le bel édifice théorique des néolibéraux, leur donne pourtant l'occasion de parachever leur oeuvre, dans une fuite en avant que leur autisme et la poursuite d'intérêts juteux ne permettent pas d'inverser. Il s'agit de la stratégie du choc, précisément décrite par Naomi Klein, de la fabrique du consentement, explicitée par Noam Chomsky...

Face a cette offensive, les citoyens sont pour le moment encore pour une grande majorité, dans une position démissionnaire (tiens, il y a comme un jeu de mots...), résignés, drogués de consommation à crédit (tant qu'ils y ont droit), tournés vers une responsabilité imputée aux boucs-émissaires habituels (immigrés, assistés, fonctionnaires etc...). Il y a bien un sentiment diffus mais de plus en plus partagé de fin d'époque. Il y a aussi tous ces mouvements que j'ai évoqué plus haut, avec un impact encore flou et à venir des mouvements arabes, mais aussi des réactions contre les politiques de rigueur et la prise de conscience qu'une minorité confisque les richesses et se façonne un régime sur-mesure pour pérénniser sa position.

Les fondamentaux du capitalisme financiarisé l'ont asphyxié. Il ne respire plus qu'artificiellement...L'appauvrissement de la classe moyenne et la relégation d'une part de plus en plus grande des populations dans les marges de la société, seul moyen de la part de l'oligarchie pour préserver le sytème qui lui rapporte tant, ne pourra tenir qu'on sacrifiant la démocratie. Il n'est pas étonnant que nos dirigeants européens cherchent actuellement à promouvoir une inscription dans les constitutions de règles budgétaires interdisant les déficits et par conséquent toute alternative à l'austérité dans un contexte de crise, empêchant donc la pluralité de l'offre politique. C'est une façon d'entériner la fin de l'Etat protecteur et celle de la souveraineté populaire...

Face à l'absence de choix et à la constatation que les partis dits de gouvernement, une fois au pouvoir appliquent les mêmes principes de gestion, économiques notamment, il n'est pas étonnant de voir monter les extrêmes, qui plus est dans un contexte de crise et sur un substrat individualiste, qui favorise les thèses fascisantes, au détriment des idées de gauche, durablement discréditées par la social-démocratie et la gauche dévoyée dans son ensemble.

Il est bien entendu difficile de prévoir quelle sera la tournure du futur. La crise ne s'est vue proposer aucune résolution sérieuse et s'approfondit malgré les envolées optimistes de nos représentants politiques. Des chocs nouveaux sont annoncés, corollaires de l'éclatement de nouvelles bulles spéculatives, de l'aggravation des situations économiques des Etats provoquée par l'austérité censée, comme une bonne saigné au 17ème siècle, les purger et les rétablir dans leur santé. Les dettes tant publiques que privées deviennent insoutenables, les banques affichent des bénéfices insolents grâce aux largesses des contribuables, aux efforts des salariés et à la pusillanimité des élus (ou pas s'agissant des directeurs de banques centrales par exemple), tout en cachant soigneusement hors comptabilité les brouettes géantes d'actifs pourris qui ont font des sortes de vampires, incroyablement forts et vivants, mais morts tout de même et dont la chute est inéluctable tant leur goût du sang s'avère incurable.

 

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C'est pas beau, hein, un financier ?

 

 

Par ailleurs, la situation géostatégique est porteuse d'instabilité que nourrit la crise et dont la crise se nourrit. Que se passera t'il si l'Arabie saoudite est touchée par la fameuse révolution du jasmin ? Il n'a suffit que de la paralysie d'un producteur mineur de pétrole, la Lybie (10% des importations européennes) pour faire flamber le cours du baril et menacer la reprise déjà atone de l'économie. Quid en outre de l'affaiblissement de la puisance Etats-Unienne dont certains pensent que le basculement du régime égyptien est l'analogie de ce que la Pologne avait été pour l'URSS. La montée du Tea party, rassemblement libertarien d'extême-droite, est une menace considérable dans un pays qui demeure la première puissance militaire du globe et dont on connaît les élans martiaux quand la situation intérieure est chaotique et elle l'est de façon considérable en ce moment (nombreux sont les états fédérés qui sont en situation de faillite). Par opposition, la Chine apparaît comme le nouvel acteur dominant dans le monde, sans pour autant être exempt de failles économiques. Il représente par ailleurs un certain idéal capitaliste : la dictature de marché...

Les incertitudes sont nombreuses quant à l'évolution des choses. Il semble quasi certain cependant que nous allons vivre des moments chaotiques et historiques, avec une faible probabilité d'issue heureuse à court terme, issue positive à laquelle il faut pourtant croire et contribuer, ne serait-ce que par dignité d'être humain. Pour le moment et dans l'attente d'un basculement, le monde marche sur la crête...

 

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Il faudra le temps qu'il faudra, mais nous y arriverons !

 

14/12/2010

Déjà vu...

Nous voici presque arrivé au terme de cette année, au milieu de l'affairement pour préparer les fêtes de fin d'année, période quelque peu irrationnelle où même votre serviteur cède quelque peu à la folie mercantile de Noël, que beaucoup doivent cependant modérer cette année, en raison des effets de la crise. Bien entendu, seuls eux peuvent s'en apercevoir, la foule continuant à envahir les lieux de commerce enguirlandés. Elle sait se maquiller la crise. Nombreux sont ceux qu'elle lacère, qui pourtant la griment aussi, de peur de se retrouver face à eux-mêmes et à l'echec d'une représentation personnelle fondée sur un matérialisme bien fragile, par crainte aussi de regarder l'avenir en face. L'autruche est une espèce en progression rapide...

Le lent naufrage du capitalisme financiarisé continue et l'orchestre joue toujours son air impassible qui ne trompe plus grand-monde mais dont une majorité ne souhaite pas l'extinction, faute de perspective alternative connue, faute de vouloir entendre ceux qui depuis déjà longtemps leur en propose pourtant, faute de vouloir une remise en cause qui touchera leur conception (ou plutôt l'absence de conception) bien installée de leur rapport à la société.

Les données économiques sont pourtant implacables et loin de disparaître, les épées de Damoclès se multiplient au dessus des Etats occidentaux. Même si les pays émergents sont un peu à l'écart de la tourmente, ils s'illusionneraient s'ils pensaient échapper à l'onde de choc de l'effondrement des actuels puissances dominantes. Nos élites ont voulu la mondialisation, y compris celles des ensembles en développement, elles ne seront pas préservées des conséquences mondiales de la crise ultime de leur système économique.

 

 

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Le récent coup de chaud irlandais tout juste et temporairement calmé a montré à quel point le dogmatisme mortifère de nos représentants politiques et des "experts" en économie était au service du seul intérêt des lobbys financièrs. Le bon peuple paiera...

 

Vraiment ? C'est l'eternelle question de la prise de conscience et du refus citoyen qui se pose encore et toujours. Ici et là, quelques vagues commencent à fouetter un peu plus violemment les rivages d'un libéralisme dont le cynisme commence tout de même à agacer les plus flacides. Les étudiants britanniques font ainsi savoir avec un peu d'emportement que la hausse jusqu'à 10000 livres des frais d'inscription dans les universités signifie soit un endettement très vite insupportable vu l'état du "marché " de l'emploi (pas facile d'assurer le remboursement des traites, en plus du loyer exorbitant etc, quand on est précaire et à temps partiel), soit tout simplement l'interdiction aux plus pauvres d'avoir accès à l'enseignement supérieur. Tout cela bien entendu, pour faire plaisir à la finance mondialisée, qui, si délicate et sensible à l'endettement qu'elle a elle-même provoquée (voir mes précédents billets sur la question), exige la sainte austérité, que les prêtres gouvernementaux s'empressent d'appliquer. Bien entendu, on pourrait leur renvoyer qu'il suffirait aux Etats de récupérer leur souveraineté monétaire, déléguée depuis le milieu des années 70 dans un premier temps, puis définitivement perdue avec les libéralisations financières au milieu des années 80, pour mourrir complètement avec le traité de Maastricht en 92. Pouvoir désormais émettre de la monnaie, sous conditions certes, conjuguée avec une restructuration courageuse du secteur financier, qui, s'il était évalué avec les critères de son rejeton management, serait tout simplement taxé d'inefficacité totale et dispendieuse en argent public, comme le sont aujourd'hui les services de l'Etat, émettre de nouveau la monnaie et réformer le secteur financier donc, permettrait de se sortir de l'impasse actuelle en se débarassant du chantage des banques et des acteurs qui leur tournent autour. Ce serait au prix certes de quelques pertes financières pour des très riches et pour beaucoup de petits épargnants qui auraient alors tout le loisir de réfléchir à leur complicité au système (voir plus bas), même s'il serait plus facile et plus juste de compenser au moins en partie leur épargne, pour celle qui n'était pas directement placée en bourse. Je suis néanmoins partisan d'une pédagogie assez cinglante à ce niveau (sans doute est-ce plus facile quand on a aucun compte épargne, mais en ce qui me concerne c'est aussi un choix réfléchi et cohérent)...Malheureusement, à part Mélenchon, que la médiacratie s'empresse d'adosser à l'extrême-droite, peu se font l'écho de telles propositions hors internet (Je vous recomande toujours aussi chaudement les blogs de Frédéric Lordon et de Paul Jorion dont vous trouverez les liens dans mes favoris).

Un peu d'énervement se fait donc sentir. Comme celui qui a prévalu au mois d'Octobre en France, bien étouffé par le jeu désormais transparent des principales centrales syndicales (là aussi, voir mes précédents billets). Mais rien de cohérent, ni de très violent, comme je le laissais entendre. Des réactions catégorielles, quelques sursauts de ceux qui sont touchés par les mesures d'austérité ou les autres conséquences de la crise, les alertes continues aussi de tous ceux qui ont compris depuis longtemps vers quoi tout cela nous mène. Mais comme prévu, tant qu'une majorité ne connaîtra pas les privations, le système pourtant en fin de course ne sera pas remis en cause dans ses fondamentaux. Or, il est à craindre que, quand la prise de conscience ne pourra plus être repoussée, ses manifestations seront contre-productives et funestes. Quelles réactions attendre en effet de gens qui perdront, avec la chute quasi inéluctable des banques et le défaut des Etats qui ont endossés leurs pertes faramineuse, leur petites économies de petits rentiers, qui ont alimenté le système en servant de caution aux rapaces ?

Je ne reviendrai jamais assez sur la complicité d'une grande majorité qui a voulu elle-aussi s'enrichir par la rente, par la spéculation immobilière, qui aurait bien aimé avoir l'air mais qui n'avait pas l'air du tout, privée par sa participation au grand jeu financier, de ses emplois (les restructurations c'est bon pour les actions), de ses services publics (qu'elle ne voulait plus payer) que ses revenus ne lui permettront pas de compenser, au final, de son statut de classe moyenne, qu'elle se sera ingénié à codétruire en parallèle avec les quelques uns qui ne peuvent décemment supporter une égale répartition des richesses. Que produira la vérité quand elle sera enfin révélée et impossible à se cacher ?

Au mieux, une révolution aura lieu, avec son cortège de chaos et de violence. Au pire...

Comme un air de déjà-vu...

 

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08/03/2010

Faire sauter la banque

Il ne vous aura probablement pas échappé que la Grèce connaissait actuellement une crise de financement liée à une dette jugée excessive et surtout fautive, selon le point de vue de l'orthodoxie économique. Si on en a autant parlé ces derniers temps, c'est surtout en raison de la vague de spéculation qui a touché des produits financiers attachés à cette dette, ce qui contribue à la renchérir. Pour simplifier car je ne veux pas rentrer dans des explications complexes de phénomènes que je ne maîtrise pas complètement par ailleurs, les marchés parient sur la faillite de l'Etat grec ce qui augmente les taux d'intérêt et lui rend plus difficile d'emprunter auprès de ces mêmes marchés (6% environ en ce moment, contre 3% pour l'Allemagne, considéré comme le pays le plus sûr en Europe, toujours par l'orthodoxie). C'est tout bénéfice pour les boursicoteurs, c'est potentiellement dramatique pour la Grèce qui ne peut s'en sortir sans les premiers, faute de pouvoir agir directement sur sa monnaie, prisonnière qu'elle est de l'Euro. En tant que tel, la monnaie européenne n'est pas coupable. Ce sont les critères de convergences décidés au moment de sa création et l'impossibilité pour la BCE de financer directement les Etats membres qui sont fautifs. Ils enlèvent de fait toute possibilié à la force publique d'agir sans recours aux marchés, dont on voit bien ce qu'ils font du pouvoir exorbitant qui leur est donné.

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Il y aurait déjà beaucoup à dire sur la notion de dette publique, sur la façon de l'envisager , de la calculer, de la définir, sur son utilité ou ses risques. La comparer à celle d'une entreprise ou d'un foyer suffit déjà à situer l'erreur de perspective (souvent savamment calculée) de la plupart des réflexions sur ce problème particulier. Un Etat est une entité politique, ce n'est pas une défaillance économique qui peut le menacer directement. Un Etat ne met pas les clés sous la porte, même en défaut de paiement...De plus, la dette est la plupart du temps énoncée sans tenir compte des actifs possédés par un pays : l'immobilier, productif ou non, les infrastructures (transport, énergie, services publics en général) etc...A ce titre, la France qui possède un parc public encore relativement important, malgré la grande braderie en cours, est relativement riche.

Plus encore, c'est sur la manière de creuser la dette qu'il faudrait se pencher. Toux ceux qui aujourd'hui sigmatisent les grecs et les dépenses publiques trop élevées en général, sont acquis aux dogmes néolibéraux, dont le monétarisme, doctrine économique portée notamment par Milton Friedmann et l'école de Chicago. Là aussi de façon résumée et ciblée, ce courant a préconisé l'abandon de la gestion monétaire par l'Etat au profit de banques centrales indépendantes. Cela interdit aux Etats de se financer directement et les soumets aux marchés financiers pour emprunter, avec pour objet de maîtriser l'inflation et les taux d'intérêts. Cette idéologie libérale s'est imposée en France après 1983 et certains de ses thuriféraires politiques les plus convaincus appartenaient au PS, Pierre Bérégovoy notamment.

Pourtant, si l'on regarde les effets des politiques libérales menées aussi bien par leurs défenseurs naturels (Reagan, Thatcher) que par les gauches de gouvernement (Blair, Shroeder, Clinton et Jospin dans une moindre mesure), on constate aisément que l'explosion de la dette date précisément de la mise en oeuvre de ces préceptes.

 

On peut le voir grâce aux liens suivants :

http://abel.jerome.free.fr/img/DettePubliqueFrancaise.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Dette_US_longue_peri...

C'est ainsi que la droite en France est la principale artisane du creusement des déficits et qu'aux Etats-Unis, ce phénomène a été particulièrement sensible à partir de l'ère Reagan. C'est donc la famille de pensée, droite et gauche confondues, qui s'échine à faire baisser les dépenses publiques en taillant dans les services du même nom qui a pourtant fait exploser la dette. Vous avouerez qu'il est assez culotté de voir les mêmes prétendre que non seulement la dette doit être réduite, que c'est un présupposé de bonne gestion économique, mais qu'en plus elle va être diminuée en utilisant les mêmes moyens qui pourtant ont contribué à lui faire atteindre des cîmes.

Là où on tutoie des sommets dans l'enfumage, c'est quand les banques et le secteur financier en général, à l'origine de la plus grande crise qu'on ait connu depuis 1929, (crise qui n'en est encore qu'à ses débuts), qui ont été sauvés par la diligence asservie des Etats, réclament le comblement de la dette, qui s'est accentuée du fait de leur sauvetage, tout en spéculant de façon éhontée, toujours avec l'argent mis gracieusement à leur disposition par les banques centrales (indépendantes donc, enfin indépendantes des Etats). C'est ainsi que des établissements privés qui empruntent à 0.5% peuvent se permettre de pressurer les Etats qui viennent de les tirer d'une faillite certaine, à des taux parfois 10 fois plus élevés. Celui qui trouvera une saine logique économique, sans parler de justice et de morale, dans ce phénomène, voudra bien me l'expliquer doctement. Je rappelle qu'au même moment, le chômage continue sa progression, la casse des services publics s'accélère, les protections sociales s'effacent : les plus faibles trinquent quand une infime minorité se roule dans le fric.

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Or, les marchés financiers trouvent dans la représentation politique actuelle des alliés indéfectibles qui sont prêts à faire payer les citoyens, soit par l'impôt mais malheureusement plus vraisemblablement par des mesures drastiques d'austérité, pour rester fidèles au dogme. Le secteur financier lui, peut tranquillement continuer à sinistrer l'économie en exigeant des retours sur investissement indécents et pénalisants (précarisation, management par la peur, licenciements, délocalisations, court-termisme). Il faut également souligner que la petite condition assortie aux aides financières des Etats était que les banques reprennent la distribution du crédit, ce qu'elle n'ont pas fait. Le crédit à la consommation ne cesse de baisser aux Etats-Unis depuis le déclenchement de la crise (-4% en 2009 selon la FED) et l'encourt sur les crédits aux entreprises a diminué de 24% en France (chiffres de la Banque de France). Bien entendu, le chômage et les défaillances de sociétés expliquent en partie cette baisse, ce qui n'est de toutes façons pas une bonne nouvelle pour les tenants de la reprise heureuse, mais les banques se concentrent quasi exclusivement sur la restauration de leurs fonds propres et l'absorption de leurs "actifs" toxiques (les chariots de produits dérivés) par la spéculation massive, dont le dernier épisode en date a donc touché la Grèce. Le serpent se mord la queue...

Il est tout de même difficile de ne pas être scandalisé, à la fois par le comportement des financiers mais aussi et peut-être surtout par l'inaction, voire la complicité des autorités politiques. Il y aurait pourtant des moyens d'action, pour à la fois faire courber l'échine aux banques et redonner aux Etats des marges de manoeuvre par le biais du financement direct. La question de l'indépendance des banques centrales doit désormais se poser clairement et par conséquent, la pérennité de traités européens qui la garantissent, entre autres aburdités économiques. Pourtant, leur toxicité est maintenant avérée par la crise.

Ce constat posé, je ne vois pas comment sortir par le haut de cette crise sans faire sauter la banque...

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28/12/2009

Croire au pire Noël

2009 touche à sa fin et notre société n'est, elle, pas loin de toucher le fond. Aussi vais-je me livrer avant la trève des confiseurs à une brève revue du pitoyable.

Un mot d'abord qui sera la seule note positive, sur les belles conditions météo que nous avons eu ces derniers jours et qui ont permis un court moment de laver le gris d'un monde en crise terminale. Un peu de neige et l'esprit des contes de Noël ressurgit pour le bonheur des enfants éternels. C'est bien peu, malgré le plaisir toujours aussi vif à marcher dans la neige et d'apprécier le silence immaculé.

 

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L'hôtel de Cluny, aux abords de la Sorbonne

 

Mais les contes de Noël rappellent aussi l'époque victorienne de Dickens et d'Hugo, romantique et belle, cruelle et noire comme la suie. En déambulant le soir dans les vieux quartiers de Paris, sublimés encore par le glacis nival, comment ne pas voir des similitudes entre notre époque et une autre qu'on eut cru un moment révolue à jamais. Le pavé est dur pour les miséreux...

Voilà que l'hiver hausse le menton donc, pour que le traffic Eurostar s'interrompe lamentablement. Je ne manquerai donc pas de souligner pour ceux qui l'ignoreraient qu'Eurostar est une société privée et que tous les manquements qui ont été mis en lumière ces derniers jours sont typiques d'une gestion orientée vers la rentabilité à tout crin. Voilà pourquoi des problèmes connus, comme l'infiltration des flocons dans le système électrique des rames et les court-circuit qu'elle provoque, ne sont pas traités, au motif des probabilités faibles des épisodes neigeux en Europe de l'Ouest. C'est toujours de l'argent économisé n'est-ce pas ? Je ne parle même pas du traitement des passagers qui n'ont certes pas vécus l'enfer sous terre mais tout de même. Moi qui croyait que dans le privé, le client était roi...Toujours pressé de voir la SNCF complètement privatisée ? Hâte de constater que les problèmes d'entretien de lignes s'accentuent, alors même qu'ils sont déjà notoires aujourd'hui du fait de la séparation entre RFF et la SNCF et la sous dotation chronique depuis, du premier ?

La privatisation rampante des services publics et notamment de notre bonne vieille société des chemins de fer ont des effets sur notre propre liberté de choix, de plus en plus illusoire dans une démocratie de pure forme. J'avais déjà dénoncé ici l'instauration du yield management à la SNCF. Je viens d'en faire les frais. Contraint pour avoir des tarifs accessibles de réserver l'ongtemps à l'avance, j'ai anticipé un déplacement pour rejoindre ma famille lors des fêtes de fin d'année. Mais il se trouve que par l'impossibilité d'un autre membre de cette famille de descendre également en Limousin, c'est la translation inverse qui va s'opérer. Je vais donc rester dans ma région d'adoption pour Noël et me voilà avec un billet non échangeable ni remboursable sur les bras, obligé d'essayer de le revendre sur E-Bay (avec succès certes) pour ne pas perdre d'argent dans l'affaire. J'ai autre chose à faire, encore une fois que de passer un temps fou à essayer d'obtenir un billet pas trop cher, des mois à l'avance, en anticipant sur des déplacements qui n'ont rien de garantis, et qui plus est d'essayer de le revendre quand je ne peux l'utiliser. Ce système est clairement détestable et je ne suis pas le seul à le penser...

Mais que vaut l'avis d'un plébéien par les temps qui courent ? Un banquier là je ne dis pas, lui on l'écoute. Plus, on lui obéit. Voilà pourquoi les institutions financières et le système qui va avec ont été sauvés (en apparence seulement) à la vitesse de l'éclair et que notre bonne vieille Terre elle continuera à s'asphyxier avec la fumée toxique des gros cigares indécents de l'élite financière et de ses affidés politiques.

Copenhague a été un pur fiasco et ce n'est certes pas une surprise. Trois leçons imbriquées peuvent en être tirées. La première c'est que les politiques n'ont clairement plus la main, constat déjà quelque peu éventé. Les lobbies économiques dictent leurs desiderata et les élus obtempèrent le petit doigt sur la couture des pantalons. La deuxième c'est qu'un nouveau bipolarisme s'afirme chaque jour davantage : celui du G2, Chine et Etats-Unis. Ce n'est pas un hasard si je nomme la Chine en premier. Le règne de l'empire américain se termine. Il essaie juste de s'accrocher aux branches asiatiques et n'a plus un regard pour son chien fidèle européen. D'où le troisième enseignement qui est que l'Union européenne n'existe pas politiquement, que Lisbonne comme attendu n'y change rien de rien et bien plus encore c'est le modèle choisi quasiment dès l'origine, d'une intégration avant tout économique, sur un shema anglo-saxon qui est à l'origine de cette transparence internationale. Plus que jamais le non de 2005 paraît justifié de même que ce que portait son expression de gauche, à savoir la rupture avec l'idéologie du tout marché et de la concurrence comme maître étalon d'une société entière, de l'alignement aveuglé avec les Etats-Unis, qui nous maintient dans leur dépendance quasi complète et l'accentue même, enfin, la nécessité urgente d'une véritable constitution démocratique. Cela passe par la réaffirmation assumée de la pertinence d'un modèle de société continental et du nôtre en particulier, lui qui tant bien que mal et malgré la casse qu'il subit tous les jours depuis sept ans, nous fait affronter la première vague de la crise sans trop de dégats, comparativement à certains pays.

Enfin, comment ne pas parler alors que je cite en référence une façon d'envisager la société typiquement française, fondée sur une recherche de l'égalité, ce débat pestilentiel sur l'identité nationale ? Il ne renvoie qu'aux pires moments de notre histoire et conduit à l'inverse d'une démarche politique intelligente, qui s'attacherait d'abord à interroger le sentiment d'appartenance à une collectivité, ce que précisément, le modèle français, issu de la Révolution, du front populaire et du CNR (donc également produit du Gaullisme) avait su faire d'une façon relativement efficace. La question n'est donc bien entendu pas de savoir quelle identité devrait s'appliquer à tout citoyen mais bien de savoir comment le vivre ensemble peut être promu et perennisé. En vrac, certaines notions complètement absentes du débat aujourd'hui, gagneraient à être rappelées et de nouveau explicitées : la laïcité avant tout, pour ne pas tomber dans le piège grossier et dangereux de l'anti-islam primaire, l'égalité, de droit et de devoir, garanti par la présence d'un Etat fort, centralisé et de ses services publics, un projet politique commun qui ne soit pas entièrement l'émanation d'une idéologie économique en faillite qui précisément détricote le lien social, mais un véritable pari sur l'avenir, sur une évolution sociétale où chacun se sentirait impliqué et bénéficiaire de plein droit, quelque soit son origine. Je crois qu'il n'y aurait alors pas grand mal à se sentir français et à lutter contre des égoïsmes, des recroquevillements qui nous mènent droit à la catastrophe.

Bien entendu, relater ces épisodes pathétiques de notre quotidien incite à croire au pire Noël. Mais la neige est tombée...

 

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Neige et toits : émoi...

 

Je vous souhaite tout de même de passer de bonnes fêtes de fin d'année. A bientôt en 2010 !

 

V

04/10/2009

Crise en thème

Voilà que l'Automne arrive et que l'on en est à la deuxième année de cette crise sans précédent depuis la dernière guerre mondiale. Heureusement, nous disent nos loyaux représentants politiques, le problème est en voie de règlement et de résorption. Pour le moment, seuls les financiers les croient, pour la bonne raison qu'ils sont à l'origine plus ou moins, de ces paroles de réconfort économique. Tout va bien, laissons les reprendre leur gavage de profits, désormais accompli sur fonds publics, ce qui creuse démesurément les dettes, ce qui entrainera inéluctablement des hausses d'impôts et la réduction des dépenses sociales, avec effet induit d'enfoncer encore un peu plus les catégories populaires et la consommation, donc d'aggraver la crise.

Mais pour qui veut bien prendre la peine de se renseigner, le regard se porte vite vers le large et abandonne les malheureux premiers noyés qu'a laissé la première vague du tsunami financier. Il s'avère en effet que la situation du système est encore pour le moins fragile et sujette à caution, pour euphémiser.

Non seulement les actifs toxiques sont toujours aussi opaques à toute recherche, dénombrement et traitement curatif, à tel point qu'on préfère les glisser sous le tapis en enjolivant les comptes à coup de changement de règles comptables, ou les ensevelir sous les liquidités accordées sans compter par les banques centrales, mais de l'autre côté du système, le chômage augmente implacablement, alimenté par les défaillances d'entreprises en hausse, alimentant l'insolvabilité qui pousse les banques à la faillite, fragilisant encore plus le monde de la finance. Le cercle vicieux se referme...

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Les USA, instigateurs et principal moteur du capitalisme financiarisé qui domine le monde depuis le milieu des années 70 n'ont jamais été aussi près de mettre les deux genoux à terre : leur dette publique est faramineuse, les chinois qui en possèdent une large part s'en désengagent doucement mais fermement ; la dette privée est également arrivée à un point maximal, conséquence logique d'un tassement continu des salaires qu'il a fallu compenser par le crédit pour nourrir la consommation, pilier du système. Le pays n'a quasiment plus de marge de manoeuvre et ne compte plus que sur ses affidés (c'est à dire la quasi totalité des pays occidentaux, qui perdraient autant que lui à sa chute) pour cacher du mieux possible la vérité. Lucide mais funeste pari, notamment pour l'Europe qui, si elle s'en donnait les moyens pourraient échapper à un déclin inéluctable, à condition de tourner le dos à une orthodoxie économique dont la créature ne survit plus que par acharnement thérapeutique. Malheureusement et loin s'en faut, l'Union n'en prend pas le chemin et la ratification par l'Irlande du traité de Lisbonne pourrait bien être la dernière victoire à la Phyrrus des européistes avant liquidation totale du projet par obstination idéologique (celle qui a attaché depuis les origines, le boulet du libéralisme économique à l'Europe)

D'aucuns comptent sur la Chine pour sauver la forme actuelle du capitalisme. Quand bien même arirverait-elle à créer véritablement un marché intérieur, elle ne ferait qu'accélerer la chute de l'occident, du moins de ses populations, les multi-nationales elles pouvant tranquillement migrer où bon leur semble, ce qu'elles ont déjà largement fait du reste. En tout cas, nul espoir pour les occidentaux de développer leurs exportations grâce à la Chine qui a maintenant les moyens d'alimenter elle-même son marché, grâce notamment aux nombreux transferts de technologie consentis par les entreprises de l'Ouest et par ses propres progrès scientifiques et techniques.

Il semble que la domination de l'Occident se termine mais peut-on penser raisonnablement que cela ira sans heurts ?

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Vouloir maintenir coûte que coûte le système est le pire des choix pour l'éviter alors que l'Occident a encore la force et les moyens en changeant de paradigme social et économique de peser sur un ordre mondial afin de l'équilibrer. Les propositions ne manquent pas afin de stabiliser le système financier depuis la nationalisation de certaines banques  (dépôt et crédit) jusqu'à rendre inattractives les opérations financières exigeant des retours sur investissement trop élevés pour ne pas fragiliser l'économie réelle (notamment le financement par levier mais aussi les rendements actionnariaux supérieurs à 8% par exemple. Une mesure comme le SLAM de Frédéric Lordon va dans ce sens, tout comme la proposition d'interdiction des paris sur les prix de Paul Jorion)

Malgré tout il est bien difficile d'être optimiste aujourd'hui tant les relais politiques qui pourraient se saisir des alternatives proposées, à savoir la gauche en général sont au mieux en pertes de repères ou chroniquement entravés par une parcellisation et mésentente coupable, quand ce n'est pas totalement corrompus par des renoncements complets voire des sympathies envers les idéologies les plus libérales. La débâcle de la social-démocratie dont le score piteux du SPD allemand vient encore d'apporter un témoignage parlant, n'est pas à chercher plus loin que dans sa dérive à droite et son acceptation d'un monde au moment où il s'écroule. La victoire apparente des droites elles, si l'on écarte le chiffre pourtant crucial des abstentions, souvent des classes populaires résignées, n'est due elle, qu'au classique recours quasi pavlovien au maintien de l'ordre, alors que celui-ci est pourtant déstabilisé par les politiques néolibérales menées par les droites et gauches de gouvernement depuis trente ans. La logique des votes n'a parfois rien à voir avec la logique...

Le mur se rapproche donc et les espoirs de l'éviter s'amenuisent. D'un côté il semble qu'un monde nouveau ne soit pas possible sans l'effondrement de l'ancien, de l'autre comment ne pas vouloir s'épargner un chaos dont personne ne peux prédire les effets dévastateurs avant que la création ne reprenne le dessus. Guerre, dictature, les deux ?

Y a t'il aujourd'hui des courants de pensée philosophiques résolument novateurs qui pourraient porter une contestation, une révolution ? D'aucuns voudraient réssusciter ou plutôt redéfinir le communisme, le vrai, celui de Marx, celui que prend pour hypothèse plausible un Alain Badiou. Je n'y crois pas, à la fois intuitivement et en raison de contradictions ontologiques dans ce discours : comment le communisme peut-il naître de l'individu, même sous la contingence de nouveaux rapports de production (c'est à dire différents de ceux du capitalisme qu'on suppose effondré) ? Or le communisme étatique a prouvé sa toxicité. Pour ma part je tiendrais beaucoup plus à une sorte de néo-jacobinisme structurant, porté par ses valeurs morales transcendantes, soucieux de réaliser un équilibre (forcément fragile, temporaire, donc à renouveler, et bien imparfait) entre liberté et égalité, étendu à l'échelle du continent. Mais force est de constater que nul intellectuel à ma connaissance ne porte ce message aujourd'hui, ne cherche à explorer à nouveau le chemin de la troisième voie. La France avait presque réussi à la trouver mais la social-démocratie, notamment grâce à ses éléments les plus cyniques, comme Tony Blair, probable futur président du conseil si le traité de Lisbonne est entériné, s'est ingéniée à la pervertir.

La seule quasi certitude qu'il nous reste à ce jour est que le système est touché à mort. J'anticipe sa disparition, sans en porter le deuil, en mettant la crise en thème ...

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Quelques liens pour obtenir des informations et notamment des chiffres sur la poursuite de la crise (n'hésitez pas à lire les commentaires des articles, souvent très informatifs) :

http://www.pauljorion.com/blog/

http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-

http://www.nouvellegauche.fr/blog/2009/09/29/comment-sort...

18:47 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : crise, finance