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09/05/2009

Deux ans de vacances

Oui, cela fait deux ans qu'un individu est en vacances, grâce à 53% d'entre nous. Je n'en suis pas bien entendu et si les noms d'oiseaux sortiraient bien facilement pour qualifier ceux qui en revanche, en sont, je ne peux m'empêcher de me souvenir qu'en face il y avait une folle à peine moins dangereuse. Circonstances atténuantes à la décharge des crétins ! (oups, I did it)

Deux ans de vacances, en effet. Pour lui, qui en prend d'autant plus qu'il nous a incité à travailler plus. Bien que la presse ne s'en vante que peu, les petits séjours de fin de semaine avec son échassière vulgaire sont monnaie courante, sans parler des villégiatures exotiques financées par le narco-traffic. Ca va pour lui merci ! On ne peut pas dire qu'il ne nous avait pas prévenus. Dès son congé officialisé en Mai 2007, il s'est empressé de le fêter dans un resto pour parvenus et sur le yatch d'un "ami". Car ce n'est pas le genre à complexer ou avoir des hésitations éthiques, surtout pas. Pour lui le pouvoir, c'est le fric et la frime, il ne l'a jamais caché. La seule chose qu'on ne peut lui enlever c'est cette espèce de franchise arrogante et putassière. Qui condamner le plus ? Lui ou ceux qu'il abuse de plein gré ?

Un couple d'année de mise en repos forcé de ce qui fait une certaine identité de la France et , au passage, la force de son modèle social dont la crise montre toute la pertinence, malgré encore une fois, ses imperfections. 24 mois de mise à mal des services publics, de la tradition d'accueil de notre pays, de sa vocation égalitariste, de sa méfiance raisonnable du tout marchand, de sa position originale au sein du concert mondial des nations. Tout cela rayé d'un coup d'idéologie : ministère du racisme ordinaire et de l'immigration profitable, destruction en règle de l'Education pour tous, de la Santé pour tous, transfert d'argent vers les plus riches, paupérisation et assujettissement des plus pauvres au travail, répression policière et mise en coupe réglée de la Justice, sapement des libertés publiques, réintégration pleine et entière au sein de l'OTAN. Le président a pris la place, a tout raflé pour lui, pour ses amis et a mis la France en vacances, le plus loin possible.

Même la culture et les bonnes manières ont été priées d'aller voir ailleurs s'il y était...

Oui la présidence de la république est en jachère depuis deux ans, au profit de la nouvelle fonction de Pdg de l'entreprise française. Il serait temps de lui faire prendre congé. Pour que cesse cette vacance...

Envoyons le de la Terre à la Lune ou 20000 lieues sous les mers mais je veux cesser d'avoir honte de mon pays et de ses habitants ! Deux ans de vacance, c'est déjà beaucoup trop...

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19:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)

15/03/2009

En Mars, ça repart ?

Il y a presqu'un an, je publiais un petit post en forme de cliché printannier. Deux photos de cerisiers en fleur pour célébrer la renaissance et la beauté, malgré la chappe de plomb apposée par le président actuel et son gouvernement.

Voilà Mars et ses floraisons. La nature persiste à faire la nique à la grisaille umpienne. Mais qu'en est-il de la constestation sociale ?

La crise ne fait que débuter et notre fameux modèle français si archaïque fait beaucoup pour la pondérer ou différer ses effets, les diluer quelque peu. Toutefois, le plus dur est à venir et le contexte fera beaucoup pour la suite de la résistance à l'américanisation décomplexée de notre pays.

La grève générale, le seul mode d'action qui pourrait être véritablement suivi de conséquences tangibles, n'est intervenue que dans nos lointains satellites antillais et l'heure ne semble pas encore venue en métropole de les imiter. Mais il semble bien que, si l'offensive venue de Neuilly continue de progresser, sa marche soit de plus en plus entravée. Je crois même que le front se stabilise alors même que les nombreux foyers de résistances ne se sont pas encore rejoints.

Cette semaine sera marquée d'un nouvel épisode et d'une nouvelle journée d'action. Je suis très circonspect sur l'impact de ces grèves d'une journée, bien gentillettes quand en face le bulldozer à réformes néolibérales avance sans souci de savoir qui il écrase. Mais puisque la lutte a pris pour le moment cette forme là alors il faut au moins occuper le terrain et gonfler les muscles, à défaut de s'en servir.

Jeudi, il serait bon que privé et public réuni envoient le maximum de gens dans la rue, pour montrer l'attachement des français à leur modèle social, qui aujourd'hui prouve toute sa pertinence, ceci malgré des imperfections certaines, dans une conjoncture de crise systémique qui met à mal une idéologie plutôt d'inspiration anglo-saxonne que, depuis près de 25 ans, aussi bien la droite que la gauche de gouvernement essaie d'imposer dans notre pays.

Aujourd'hui et contrairement à ce qu'affirme les porte-flingues de l'Ump, il ne s'agit pas d'une résistance corporatiste mais d'une lutte pour sauvegarder une culture, une certaine idée de la vie : une éducation pour tous, un hôpital pour tous, un travail qui a du sens, moins d'inégalités pour moins de violence, une économie réellement régulée, une Europe qui pousse à la mutualisation et à la coopération plutôt qu'à la concurrence salariale et fiscale, à la compétition entre pays, entre leurs habitants.

Je vais terminer par une anecdote, un détail. Aujourd'hui le quinze de France, peut-être grisé par l'atmosphère printanière a oublié qu'on ne profite pas du parfum de la rose anglaise sans l'avoir piétinée auparavant. Notre équipe a signé un de ces matchs ridicules qui émaillent son parcours. Inconstance latine et coupable diront certains. Oh certes, perdre contre l'anglois, qui plus est prendre une volée quand celui-ci est sans doute le plus faible rencontré depuis plus de 20 ans, est toujours facheux et cinglant pour l'orgueil. Mais j'y verrais presque un signe d'espoir, la cohérence d'un peuple qui ne sait pas gagner sans y mettre une signification, qui ne tue pas par réflexe darwinien. C'est un peu la France qui persiste dans cette défaite cuisante.

Ils n'ont pas encore gagné...

 

 

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20:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6)

01/02/2009

Faim d'Histoire

La France disait-il n’avait pas peur du changement, mais elle l’attendait. Il est venu, mais pas vraiment comme elle, du moins celle qui a voté pour l’ex maire de Neuilly, l’espérait naïvement.

1110039_dollar_liberty_2.jpgLe président actuel voulait transformer notre pays, un des derniers à s’adapter à la mondialisation néolibérale. Encore le faisait-il en râlant et renâclant, comme à son habitude et ceci malgré le nombre toujours plus grand des nouveaux convertis. Il avait le désir d’en faire une petite Amérique, objet de son amour et de sa fascination. Il brûlait d’installer sur le trône des valeurs, l’individualisme, l’ambition personnelle, la course au profit décomplexé. Il trépignait de pouvoir enfin solder l’héritage révolutionnaire qu’avant lui des historiens comme François Furet,  porté par l’enthousiasme des transfuges, avaient déjà contesté.

Bref, il rêvait de donner le coup de grâce à un modèle né sur les ruines de la guerre et la honte de la collaboration, des germes multi-séculaires de son histoire et de sa culture, mais depuis 25 ans attaqué de toutes parts. Grignoté de l’extérieur avec la globalisation économique portée par le consensus de Washington, sapé de l’intérieur par ses propres blocages et l’effort des néolibéraux du cru.

Mais les winners les plus farouches, les plus opportunistes, les moins scrupuleux ne peuvent rien face à leurs aveuglements et devant le stop impérieux imposé par l’Histoire. Il y eut bien quelque esprit simple et satisfait pour imaginer qu’elle s’était définitivement arrêtée. Mais chacun, Fukuyama y compris sent bien qu’elle est repartie, après une pause cahotante d’une vingtaine d’années.

Voilà donc que le système adoré, que nous appellerons néolibéral par commodité, connaît les derniers soubresauts au moment même où en France on voudrait finir de l’imposer. Souvenez- vous des paroles de notre chef suprême pendant sa campagne. Il déplorait le faible endettement des français, souhaitait que tous  soient propriétaires, sur le modèle américain. Celui des subprimes voyez ?...

Oui mais, le château de cartes s’est effondré, à la seul surprise de ceux qui l’avaient édifié au mépris de toutes les règles prudentielles. Mais que voulez vous ? Comment résister quand on est acteur dans une structure où la cupidité et la concurrence s’allient pour former une spirale infernale, d’où le risque, par la grâce des produits structurés, semble s’être évanoui ? (voir le dernier livre de Frédéric Lordon : Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières.-Paris : Raisons d’agir, 2008.-220p.)

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Il serait nécessaire de bien souligner à quel point la libéralisation de la finance, dont les subprimes et les produits dérivés sont les derniers avatars, a pesé sur l’organisation du travail et partant, sur l'évolution des sociétés occidentales, mais aussi de celles des pays émergents. Il suffira de dire que la financiarisation en privilégiant le capital au détriment du travail, a fini par lui enlever son sens mais aussi son pouvoir de rémunération et d’épanouissement dans de bien nombreux cas : recherche du profit maximum à court terme, course à la productivité, management omniprésent, précarisation, tassement des salaires. Pourtant, pendant ce temps là, il fallait bien préserver la croissance et sa composante bien souvent essentielle, la consommation.

D’où la recherche du moindre coût qui a deux effets pervers : les délocalisations et la tension sur les salaires, sur les conditions de travail. Les premières enrichissent certes les pays les plus pauvres mais en les dispensant de créer un marché intérieur viable, en fermant les yeux sur l’exploitation des « ressources humaines », en sacrifiant le tissu économique (l’agriculture de subsistance notamment) aux exportations. Les secondes ont fait pressions sur les revenus et la stabilité de l’emploi qu’il a fallu compenser pour maintenir le fameux pouvoir d’achat par le recours au crédit et la production au moindre coût. La boucle est bouclée, la machine peut s’emballer…Vous aurez noté qu’aujourd’hui plus personne du côté des élites économiques et  politiques, exceptées celles se réclamant de la gauche assumée, ne parle de salaire mais de pouvoir d’achat. Le glissement sémantique est éloquent…

Tout a une limite heureusement et le capitalisme financiarisé a atteint les siennes, au grand dam de l’Ump et de son cornac autoritaire. Dans la précipitation digne de galopins sachant qu’il font un coup pendable, ils ont enchainé les réformes libérales : paquet fiscal (merci pour le budget , le déficit et la dette), démantèlement des 35h et promotion des heures supplémentaires avec dégrèvement fiscal bien évidemment (toujours pour soigner les déficits) qui s’avèrent totalement pro-cycliques en tirant le chômage vers le haut avant même que la crise ne fasse sentir ses effets propres, destruction à la hache des services publics (Education nationale, système de santé, SNCF, Poste etc) qui eux, au contraire constituent de puissant barrages contra-cyclique pour soutenir l’économie et protéger les plus fragiles. Un rapport de l’OCDE est d’ailleurs venu à point nommé pour montrer que la France et les pays à très forte redistribution (scandinaves pour la plupart) étaient aussi ceux qui alliaient le mieux croissance et réduction des inégalités :

-synthèse du rapport OCDE sur la croissance et les inégalités 2008 : http://www.oecd.org/dataoecd/48/9/41530189.pdf

-Note concernant la situation française : http://www.oecd.org/dataoecd/45/24/41525323.pdf

-Graphique sur le rapport entre redistribution et taux de pauvreté : http://graphs.gapminder.org/communityproxy/ChartDataServl...=

Pour un pays archaïque et sclérosé, la France ne fait pas si mal, proche des pays nordiques, laissant à des années-lumière les USA. Bien plus, notre pays apparaît un des mieux armés pour résister à la crise, si tant est que les malades qui nous gouvernent ne persistent pas dans leur erreur funeste et idéologique.

http://pubs.lemonde.fr/RealMedia/ads/adstream_sx.ads/FRAN...

Tout le problème est là. Comment va réagir notre roi d’opérette-président ? Comment va évoluer la contestation sociale ?

L’ancien maire de Neuilly apparaît de plus en plus comme un personnage autoritaire et liberticide, ce que ses opposants les plus lucides avaient bien décelé depuis le départ. Par ailleurs et malgré sa plasticité et son pragmatisme apparent, c’est un véritable idéologue à la fois néolibéral et néoconservateur. Il faut certes tempérer ce constat par une ambition et un narcissisme maladifs qui poussent à l'opportunisme, mais aussi par un reliquat de colbertisme, rare trace d’héritage culturel français chez un individu qui en outre n’affiche qu’un bonapartisme de carton-pâte. Cela n’abuse que le courtisan Duhamel…

La population elle, voit bien désormais que des nuages d'orage encombrent l’horizon, mais il semble qu’une faible partie soit consciente que la crise actuelle est systémique et que par conséquent les revendications conjoncturelles sont sans finalité possible. Pourtant, il se pourrait bien que la compréhension d'une remise en cause inéluctable des structures soit l’aiguillage qui déterminera le chemin que va prendre la France dans les années qui viennent.

Si les gens s’en rendent compte rapidement alors l’espoir est possible, l’aspiration à un système plus équilibré et alternatif, autorisé, l’émergence d’une offre politique qui y amène des réponses, envisageable. En revanche, si la résignation prévaut, si les détenteurs du pouvoir vont comme c’est très probable au bout de leur délire alors le pessimisme est de rigueur et la démocratie en danger. Le système ne peut maintenant survivre que par perfusion d’autoritarisme et de reconstitution complète de la hiérarchisation sociale, aux dépens des classes moyennes.

Bien entendu, son évolution dépendra énormément des réactions à la crise dans le monde entier, aux Etats-Unis et en Chine notamment. Elle reposera aussi sur les interactions, les négociations et les tensions qui s'en suivront...

De l’amas de ces conjectures bien fragiles, il ressort cependant une certitude : les citoyens ont le pouvoir de construire la société qu’ils désirent, de renverser celle qui leur semble imposée.

L’Histoire est en marche…

 

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00:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)

25/10/2008

Tant va la girouette au vent...

Vous avez remarqué ? Le vent a tourné. Brusquement...

Il y a encore quelques semaines, la plupart des éditorialistes de ce pays, la majorité de son personnel politique insistaient sur la nécessaire adaptation, depuis trop longtemps retardée, de notre pays à la mondialisation. Sous entendu, à la mondialisation néolibérale, la seule possible, puisqu'obéissant aux lois immuables de la nature.

Il y avait bien ces archaïques, dont votre serviteur, pour renâcler encore et encore, pour dénoncer l'idéologie toxique derrière un pragmatisme d'apparence, pour mettre en garde contre le mur qui se rapprochait toujours plus vite. Mais on les raillait, au nom de la modernité et du goût nécessaire et vital du risque capitaliste. On moquait leur conservatisme rétrograde (les acquis sociaux, pouah !), leur méfiance face aux mécanismes financiers complètement libérés depuis les années 80 (sous l'impulsion de certains socialistes en Europe : Camdessus, Delors... C'est néanmoins à Chirac et Balladur qu'on doit en 1986 les différentes lois de libéralisations, notamment celles touchant la finance).

Le modèle à suivre était anglo-saxon, la doxa inspirée du consensus de Washington, les deux figures tutélaires, Reagan et Thatcher. L'Etat providence avait vécu, il n'était qu'un gouffre à impôts lésant les classes moyennes et pénalisant l'innovation et la création d'entreprise par ses lois rigides sur le travail et les charges indues qu'il exigeait. On passait sous silence les 65 milliards d'euros de subventions en tout genre versées en 2005 et dont les contreparties se sont fait attendre en vain.http://www.ac.eu.org/spip.php?article1565

Les assistés ne sont pas tous logés à la même enseigne...

 

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L'économie mixte à la française, comme ses pendants rhénans ou scandinaves était vouée aux oubliettes. Le fameux modèle français, né au lendemain de la deuxième guerre mondiale du travail du CNR était cloué au pilori. Fini la recherche d'un équilibre entre capitalisme et solidarité, entre liberté individuelle et libertés publiques, fini le rôle protecteur de l'Etat, fini de soustraire certains secteurs stratégiques aussi bien économiquement que socialement à la rentabilité, fini le bien commun.

La gauche de gouvernement avait depuis bien longtemps cédé aux sirènes du néolibéralisme et privatisait à tour de bras, libéralisait à grande brassée, décrédibilisait l'impôt, pourtant clé de voûte de toute politique solidaire, assurait son soutien à l'Europe libérale. Cette dernière mettait en pratique avec diligence et la complicité des Etats, les dogmes économiques fondés sur l'entière liberté de circulation, y compris des capitaux (l'article III-56 du TCE , repris par Lisbonne, en interdit toute restriction).

Il y eut un coup de semonce des lucides en 2005. Il ne fut pas entendu...

Il y eut quelques Cassandre, des rebelles de la première heure comme Lordon ou Larrouturou dont j'ai déjà parlé sur ce blog, des ralliés plus tardifs, des repentis, comme Stiglitz ou Krugman et des anonymes comme moi-même, à mon petit niveau. Ils ne furent pas écoutés...

Puis vint l'été 2007 et le premier coup de tonnerre lié aux subprimes. Mais l'orage allait passer à côté nous disait on, avec néanmoins quelques tressaillements inquiets qui juraient avec la belle assurance du propos.

Enfin arriva Octobre 2008 et soudainement, face aux multiples attaques de foudre, le champ de girouettes a d'un seul mouvement d'ensemble viré de bord. On a lancé des anathèmes aux "talibans du marché" à Libération, on a fustigé l'idéologie néolibérale extrémiste aux Echos, journal peu suspect de gauchisme, on a célébré le retour de l'Etat aussi bien au Monde qu'au Figaro, pendant qu'au même moment les banquiers et autres traders, affolés comme un banc de mouettes dans la tempête, se prosternaient à ses genoux, réclamant une aumône de quelques centaines de milliards d'euros. Les caisses vides de la République les fournirent immédiatement. Il faut dire que rares sont les mendiants avec la force de persuasion des financiers : la bourse ou le chaos. La sécu et les services publics attendront...

 

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Bien sûr le champion toute catégorie du retournement de veste est celui que je ne nomme pas. Il est aujourd'hui le premier des socialistes, le premier des éthiques, le premier des sauveurs. Celui qui réclamait de toute urgence l'instauration des prêts hypothécaires en France, ce pays frileux dont les foyers ne sont pas assez endettés, s'en va aujourd'hui en guerre contre le capitalisme amoral, celui des subprimes, celui qui s'effondre sous nos yeux, celui qu'il a défendu sans ambiguité, celui de ses amis d'hier. Ses amis d'aujourd'hui et de demain...

Qui aujourd'hui peut apporter quelque crédit ( au moment où les banques les ont gelés) à la parole volatile de ces gens ? Tout ceci n'est bien sûr que du vent, celui qui fait tourner les girouettes, qui l'entretiennent, dans un mouvement perpétuel pour garantir un pouvoir perpétuel. Il est temps de faire tomber les girouettes de leur cîme...

 

22:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6)

21/09/2008

Hémiplégisme

Le 6 mai 2007, les français ont élu à une confortable majorité celui qui est donc aujourd’hui notre président. Le candidat vainqueur est issu d’un courant de la droite assez jeune en France, qui assume pleinement à la fois son néolibéralisme et son néo-conservatisme. Quand je dis assumer, c’est évidemment dans l’entre-soi. Les français n’étant pas encore convertis au libéralisme économique, loin s’en faut, le discours politique diffusé par cette mouvance est des plus hypocrite. Mais plus encore, il joue sur l’omission.

Car en effet, l’ex maire de Neuilly a gagné la présidence sur le programme le plus à droite qu’un homme politique ait proposé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (j’aurais pu dire seconde mais voyez-vous…). En face, c’est un électorat rongé par les peurs et les doutes nés de la mondialisation, oppressé par la nouvelle donne économique qui précarise et appauvrit (qui déclasse pour le moins, quand il n’y a pas appauvrissement réel) qui l’a porté au pouvoir. Il y a encore une dizaine d’années, le réflexe de ces gens aurait été de se tourner vers la gauche, garante de la protection des plus faibles, préceptrice d’un modèle économique moins darwinien, plus équilibré, plus durable pourrions nous dire en ces temps où l’écologie essaie tant bien que mal de se frayer un passage dans la jungle des prédateurs politiques.

Pourtant le héraut de la droite décomplexée a gagné haut la main en proposant un programme économique, qui sous quelques paravents volontaristes et populistes, s’appuyant sur une dialectique de la rupture (contre-révolutionnaire maquillée), est clairement destiné a laisser les mains libres à la classe dominante d’étendre sa puissance, au détriment de quasiment toutes les autres catégories de population : celles qui ne sont pas méritantes, qui ne veulent pas assez s’en sortir, sont coincées dans des schémas de pensée archaïques. Pour résumer la majorité de la population a voté pour instituer un ordre qui privilégiera une infime minorité parmi elle et en marginalisera une grosse partie, laissant l’entre-deux dans une situation très difficile.

Comment ce tour machiavélique a t’il pu être joué aux citoyens ? Comment peut-on amener des gens a voter avec enthousiasme contre leurs intérêts économiques et en faveur d’une destruction de leur mode de vie ?

Une bonne partie de la réponse se trouve dans le livre de Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite : comment les conservateurs ont gagné le cœur des Etats-Unis (et celui des autres pays riches) [1]

 

413JHCc6rAL._SS500_.jpgCe qui s’est passé aux USA, malgré quelques spécificités bien de chez eux a été , un peu comme à peu près tout le reste, exporté chez nous et à la lecture du livre on voit bien les analogies entre les techniques des ultra-conservateurs pour se fédérer les classes populaires et celles à l’œuvre chez le commandant en chef de l’Ump et de ses fidèles (ou pas) lieutenants.

Depuis une trentaine d’années, l’avènement de la nouvelle donne économique née du consensus de Washington, ce que l’on appelle aujourd’hui plus ou moins pertinemment le néolibéralisme a été de pair avec une révolution néo-conservatrice, les deux mouvement s’entretenant l’un-l’autre, dans une imbrication qui sent bon la convergence d’intérêts. Un phénomène assez logique dans la mesure où ce sont les mêmes qui ont lancé et l’une et l’autre. La seconde permet de faire oublier les effets économiques de la première sur les classes défavorisées et moyennes et la première alimente la grogne et le ressentiment qui va nourrir la seconde.

Thomas Frank décrit et analyse ainsi ce paradoxe assez gigantesque qui voit les américains assister « à une révolte qui ne profite qu’à ceux qu’elle est censé renverser. Les travailleurs en furie, forts de leur nombre, se soulèvent irrésistiblement contre l’arrogance des puissants. Ils brandissent leur poing au nez des fils du privilège. Ils se gaussent des affectations délicates des dandys démocrates. Ils se massent aux portes des beaux quartiers et, tandis que les millionnaires tremblent dans leurs demeures, ils crient leur terrible revendication : « laisser-nous réduire vos impôts ! » »

La dimension essentielle de cette révolution est culturelle et profite du dévoiement du parti démocrate, la « gauche » américaine qui comme son homologue française s’est peu à peu vautrée dans la notabilisation, s’est couchée face à la mondialisation néolibérale et s’est recroquevillée dans la défense des « discriminations », c’est à dire en évacuant la question économique de son domaine d’action. La gauche est donc vue aujourd’hui comme une formation qui ne se préoccupe que des questions de mœurs.

Les conservateurs républicains ont parfaitement deviné quel profit il pouvait tirer de ce retrait de la gauche et de sa distanciation progressive des questions sociales. Force est de constater qu’ils ont réussi et qu’ils se sont attaché une grande partie des classes populaires, lassées de constater le désintérêt de la gauche pour leurs conditions de vie, excédées de ne la voir bouger que pour ce qu’ils perçoivent comme des préoccupations de riches : la culture, la défense des minorités sexuelles et raciales. Pour l’américain moyen, l’honnête travailleur est laissé en pâture, son mode de vie traditionnel est menacé par les élites cosmopolites qui entraînent inéluctablement la décadence de la grande Amérique, pieuse et laborieuse, celle des vrais hommes, qui n’aiment pas le latte[2] et la culture française..

Bien entendu, les fondements culturels Etats-uniens sont quand même assez différents de ceux de la France, notamment dans le domaine religieux et la haine de la culture humaniste, donc largement ouverte sur le monde, n’est pas aussi développée chez le paysan des Alpes que chez celui de l’Arkansas. Pourtant, il est frappant de constater comment la droite américaine et son homologue française, par émulation pour cette dernière, ont parfaitement su se servir du profond fléchissement idéologique de la gauche, pour l’attaquer là ou sa défense est traditionnellement la moins efficace : la question culturelle, le problème des valeurs, la sécurité physique, en gros, le conservatisme politique.

C’est ainsi que pour éviter de parler des salaires, le mari de Carla Bruni a agité la valeur travail. Le travailler plus gagner plus n’était pas une solution économique aux problèmes financiers des gens, mais une approche culturelle. Si vous le voulez, si vous vous investissez alors vous gagnerez plus et vous serez plus estimable que ceux qui, glorifiant l’oisiveté, vivent de vos impôts avec les minima sociaux. Cette approche francisée s’inspire complètement de la théorie du workfare state, édictée pendant les années Reagan et se drape pour cacher son identité violemment conservatrice et réactionnaire sous les paravents de la défense de valeurs traditionnelles populaires, mises à mal par Mai 68 (les années 60 de tous les relâchements aux Etats-Unis).

Ce qui est contenu dans cette attitude politique c’est la polarisation de l’amertume des classes populaires non pas vers la minorité dominante mais vers ceux qui sont en dessous : les oisifs, les parasites, les assistés. Les responsables de votre situation, ce sont eux disent nos décomplexés de la droite, pas ceux qui créent de l’activité et de la richesse, qui ne récoltent que le fruit de leurs mérites. Car tous, vous pouvez accéder à ce statut si vous le voulez vraiment et si vous vous débarrassez des inactifs, des improductifs (dont les fonctionnaires) qui sucent vos impôts comme des sangsues gauchistes qu’ils sont. Bien entendu, pas un mot sur le système économique mise en place par les possédants, l’emploi précaire et sous-payé corollaire des systèmes de management mis en place, de la financiarisation qui d’une part pressure industriels et employés, d’autre part édifie une construction consumériste qui tient uniquement sur le crédit, avec l’instabilité que cela suppose, comme nous le montre la crise des subprimes qui menace aujourd’hui l’économie mondiale.

Bien plus, les conservateurs alliés aux fondamentalistes religieux, non contents d’évacuer les responsabilités du marché libre (qu’ils favorisent autant qu’ils le peuvent), sur les conditions de vie des classes populaires et sur le prétendu délitement moral de l’Amérique, s’ingénient à se décrire comme persécutés par une élite démocrate quasi aristocratique et contrôlant tous les rouages du pouvoir financier, industriel et culturel aux Etats-Unis. Personne ou presque ne leur fait remarquer que les Républicains ont occupé la Maison Blanche 28 ans sur 40 depuis 1969. Pas davantage pour remarquer que les pontes politiques ultra-conservateurs sont la plupart du temps riches à millions, fréquentent les mêmes lieux et ont quasiment les mêmes mœurs que leurs collègues du parti de l’âne.

C’est ainsi que les républicains se victimisent systématiquement, alimentant une théorie du complot démocrate et de l’anti-Amérique, alors mêmes qu’ils tirent la majorité des ficelles aujourd’hui. Mais ils ont pour le moment gagné la bataille des idées qui les range aux côtés des plus humbles. Ces derniers censés aspirer à plus de dignité appuient donc, avec souvent une force militante assez impressionnante ceux qui les en privent toujours davantage (il suffit parmi tant d’exemples de regarder la répartition revenus du capital/revenus salariaux qui a progressé de 10% vers les premiers depuis trente ans en Amérique comme ailleurs)

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Tous ces paradoxes sont décrits par Thomas Frank dans son livre. Sa vision acérée est dépourvue de tout sectarisme, ne stigmatisant pas plus que de raison le peuple des états rouges (républicains) dont il essaie de décortiquer la logique pour mieux en exposer à la fois souvent la sincérité mais aussi ses effets contre-productifs, produits des manipulations et du cynisme des grands leaders politique de droite, fondamentalistes par opportunisme.

Sa parole a d’autant plus de poids qu’il est allé se fondre dans ce milieu et s’entretenir avec ses différentes composantes, depuis l’ouvrier de l’usine Boeing de Wichita qui préfère fustiger l’arrêt « Roe vs Wade » de la cour suprême légalisant l’avortement plutôt que de s’en prendre à l’entreprise aéronautique qui s’est livrée à un odieux chantage à l’emploi, jusqu’aux différents candidats républicains aux élections du Kansas. C’est cet état, dont l’auteur est natif qui sert d’espace expérimental à ses propos. Lui-même ancien ultra-conservateur dans sa jeunesse des banlieues dorées de Kansas City, a fait un chemin que peu ont suivi dans le même sens à son époque, à savoir basculer à gauche (Il écrit dans le Diplo aujourd’hui). Il montre avec beaucoup de perspicacité, avec une ironie qui permet d’alléger quelque peu la démonstration, comment un état pionnier dans la défense des plus fragiles au moyen de l’action collective (le populisme de gauche au début de siècle dernier) a pu se vautrer dans un ultra-conservatisme néolibéral pro-bushiste.

Pourquoi les pauvres votent à droite est une excellente analyse du basculement politique des classes populaires. La préface de Serge Halimi se charge de faire le parallèle avec la dernière élection présidentielle en France. L’explication de la victoire des conservateurs est très pertinente mais elle contient dans son argumentation les raisons de la défaite de la gauche : la démission.

Quel avenir a-t’elle aujourd’hui alors qu’une fois de plus mais dans des proportions inédites, la crise financière actuelle vérifie le principe néolibéral de socialisation des pertes, que la précarité est censée être la vie, selon les dires d’une dirigeante syndicaliste patronale, qu’une majorité de la population des pays développés est menacée de déclassement pendant qu’une infime minorité dirigeante l’exploite et l’instrumentalise ? Comment peut-elle rester siliencieuse alors que des sommes astronomiques vont être levées pour corriger l’impéritie d’une caste financière avide et amorale, alors que le centième de cet argent pourrait éradiquer la faim dans le monde, garantir la pérennité des services publics et des systèmes de protection sociale ? Comment ne peut-elle pas sonner la charge alors que le système néolibéral vient une fois de trop de démontrer que ses failles sont bien trop grandes pour être acceptables ?

Peut-être parce qu’elle n’est tout simplement plus de gauche…



[1] Pourquoi les pauvres votent à droite : comment les conservateurs ont gagné le cœur des Etats-Unis (et ceux des autres pays riches) / Thomas Frank- Marseille : Agone, 2008 ; 362 p.

[2] Café au lait italien raffiné et bien loin de l’immonde jus de chaussette américain, quoique je ne boive de toutes façons jamais de café :oB

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31/05/2008

Des propositions bien à gauches et pas maladroites

Je vous ai déjà parlé du courant Nouvelle Gauche mené par Pierre Larrouturou. J'ai reçu par mail en tant que signataire de la pétition lancé par son mouvement les propositions qui pourraient êtres soumises à toutes les motions si au moins 5000 militants socialistes décident d'y apporter leur soutien. Il serait vraiment dommage que ce ne soit pas le cas tant le discours qui y est porté me semble pertinent, lucide et ancré à gauche. N'étant pas encarté je ne peux malheureusement pas appuyer cette demande mais je peux au moins contribuer à sa diffusion.

Voici le fichier acrobat du texte :

du fond du fond....pdf

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24/04/2008

Y a encore rien à la télé !

Bon ce soir, je vous préviens y a rien d'intéressant à la télé. Matez vous un bon dvd, allez au ciné, profitez des premières soirées de printemps en respirant le suave parfum des lilas au crépuscule, chattez avec vos amis et vos amours, voire plus si affinités, faites la vaisselle, faites vos comptes, faites un match de PES sur la Playstation, lisez un bon bouquin, jouez avec vos enfants ou votre chat, faites ce que vous voulez mais...

 

Ne regardez pas l'individu peu recommandable qui va encore essayer de vous gruger ! De toutes façons vous savez ce qu'il va dire... La pire claque à lui donner et il en mérite l'ignoble bougre c'est de ne pas lui accorder notre attention. Boycottons mes frères et mes soeurs ! 

 

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19/04/2008

Pour une gauche plus adroite

Le Ps est aujourd'hui un canard sans tête. Il court dans tous les sens (souvent vers la droite), se cogne contre les murs (2002.2005.2007) et va finir par pourrir dans un coin s'il continue dans la voie qui est la sienne.

Pourtant, il y a encore quelques traces de gauche dans ce parti. Je me propose de vous citer deux noms, deux membres du Ps qui proposent des réflexions et des mesures qui allient à la fois la modernité et l'esprit de solidarité.

Jacques Généreux tout d'abord...

Jacques Généreux est un économiste de 52 ans qui enseigne à l'IEP de Paris dont il est par ailleurs diplomé. Il est membre du Ps au sein du courant Nouveau Monde et fait donc partie de l'aile gauche du parti. A ce titre il était opposé au TCE. 

Il n'est pas très difficile de deviner après cette courte présentation qu'il s'agit d'un économiste que nous qualifierons d'hétérodoxe ou alternatif si vous préférez. sa vision de l'éconmie est donc plus axée autour de l'homme que le contraire comme cela prévaut chez les orthodoxes qui s'abritent maintenant derrière des paravents scientifiques (forcément bancals malgré des affinements, puisque l'homme est une variable difficilement modélisable. Pourtant il est un acteur majeur dans tous les processus économiques) pour légitimer la prépondérance de leur idéologie sur la société.

Dernièrement, le Djib m'a fait suivre un document de Jacques Génereux provenant de son blog, vers lequel je vais moi-même vous orienter maintenant :

www.jacquesgenereux.fr 

Ce document est un article ayant pour sujet les relations entre individu et socialisme. C'est certes une réflexion très théorique mais elle porte sur un thème crucial, à savoir l'individualisation de la société et la possibilité du socialisme de mettre en avant un autre paradigme définissant une organisation sociétale.

Le Ps s'est ralliée déjà depuis un certain temps au néolibéralisme et a accepté l'individuation de la société comme perspective évolutive incontournable (la rupture officielle se situe en 1983 même si dans les discours les socialistes ne l'ont jamais véritablement admise, créant ainsi ce décalage entre campagnes électorales et politiques réelles appliquées qui les a jetés dans le gouffre actuel). En ceci ils ont donc partagé les fondements idéologiques de la droite libérale. Comment s'étonner alors qu'ils s'interdisent de mener des politiques de gauche et qu'ils oeuvrent pour que la conception néolibérale de la société soit acceptée par tous.

Jacques Généreux revient sur les rapports entre socialisme et individu, sur les effets délétères du ralliement d'une bonne partie de la gauche au néolibéralisme, sur les dangers réels que cela fait courir à la société voire à la démocratie et propose ce qu'il voit comme préalable idéologique au retour du socialisme à gauche, que je pourrais résumer par la recherche d'un équilibre entre liberté individuelle et libertés collectives.

Sa réflexion formalise en tout cas ce que je pense depuis un moment. Vous pouvez lire ce document sur son blog. Il en fait une présentation résumé et il propose un lien vers un fichier word qui contient le texte intégral de la note. C'est un peu ardu pour les néophytes mais c'est une lecture qui fait du bien quand on désespère de voir un sursaut à gauche. 

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L'autre personne recommandable du moment, c'est Pierre Larrouturou.

C'est un ancien ingénieur agronome de 45 ans, membre, lui aussi, du Ps. Il est connu pour ses positions originales sur la réduction du temps de travail. Rien qu'à ce titre, il m'est déjà très sympathique.

Larrouturou défend la semaine de quatre jours pour la majorité des salariés mais dans une optique différente des 35h imposées par la loi et selon lui "un piège à flexibilité". On ne peut pas dire qu'il ait eu tort en disant cela. sa vision de la réduction de travail est modulable selon les corps de métiers :

-semaine de quatre jours pour la plupart des salariés

-travail quatre mois suivi d'un mois de congés pour les chercheurs ou dans l'informatique par exemple

-une semaine de 5 jours puis une semaine de trois jours pour les transporteurs routiers

Beaucoup d'autres modèles sont possibles. A l'époque la RTT était une notion relativement en vogue et pas seulement spécifique à notre pays de parasites et de feinéants, puisque de nombreuses entreprises en Allemagne expérimentaient ou avaient adoptées les 32h. Mais le néolibéralisme a vite remis de l'ordre dans tout ça. Chacun sait que des gens qui travaillent moins ont plus de temps pour réfléchir...

Il a récemment lancé un appel pour une nouvelle gauche dont vous pourrez lire les termes sur le site : www.nouvellegauche.fr. IL s'agit essentiellement d'un mouvement destiné à réveiller le Ps et lui faire retrouver la mémoire. En effet, mesdames et messieurs, à l'origine, le Ps est un parti de gauche. Je sais c'est difficile à croire mais c'est vrai, des datations au carbone 14 ont prouvés que des textes de lois à vocation sociale avait été rédigés à l'initiative de ce parti.

J'ai signé la pétition qu'il propose et je reçois régulièrement une lettre d'information qui relate de l'actualité du mouvement. Je vais vous restituer la dernière qui est éclairante sur la situation du parti et la logique de droite qui le guide désormais.

  

Lettre ouverte à tous ceux et celles qui veulent que le PS se mette au travail… Bonjour à tous, bonjour Archéo-conservateur (il m'appelle par mon prénom en fait, c'est mon pote Pierrot ! :oB),

 

Je reviens vers vous pour vous donner des nouvelles de notre pétition. Rappel des épisodes précédents : 1 > nous devions déposer notre pétition le 25 mars. François Hollande nous a interdit de monter à la tribune du Conseil National mais a promis que nous pourrions la déposer au Bureau National du 1er avril et que, avant ce B.N., il recevrait quelques uns des premiers signataires pour que nous puissions parler avec lui de notre demande. 2 > le 1er avril, trois heures avant le Bureau National, nous arrivons enfin à joindre le Directeur de Cabinet de F. Hollande. Stéphane Le Foll commence par dire que nous sommes des inconscients et qu’il est impossible d’organiser une Convention sociale et une Convention européenne d’ici l’été. Au bout de 10 minutes d’un dialogue musclé, il conclut qu’on pourrait peut-être organiser une grande Convention (celle sur les questions sociales). Il est acté avec Stéphane Le Foll que notre pétition sera donnée le soir même à tous les membres du Bureau National et que Claudy Lebreton et Patrick Bloche (qui sont signataires et membres du BN) auront un moment pour en parler. La décision sera mise "en délibéré" jusqu’au BN du 8 avril, date à laquelle j’aurai un moment à mon tour pour argumenter devant les membres du BN. Il est acquis que nous pourrons rencontrer François Hollande avant le 8, pour parler avec lui du fond de notre demande. "On fixe le rendez-vous demain. Tu  nous appelles demain et on fixe le rendez-vous !" me dit Le Foll en concluant l’entretien. 

 

3 > Le 2 avril, nous apprenons que le texte de la pétition n’a pas été donné aux membres du BN.    

 

 4 > Malgré de nombreux appels, nous n’arrivons à joindre ni F. Hollande ni S. Le Foll entre le 1er et le 8 avril. Il faudra un jour reparler du cumul des mandats : Le Foll est payé pour garder la maison quand le patron n’est pas là. Mais, en plus d’être Directeur de cabinet à Paris, il est élu municipal au Mans et Député européen à Bruxelles et Strasbourg… Cela ne facilite pas les contacts et laisse peu de temps pour la réflexion !

 

A la demande de son assistante, nous envoyons par mail les 6.123 premières signatures de militants PS (les seules qui semblent intéresser la direction…) et obtenons un mail « Bien reçu » mais aucune proposition de rencontre. 5 > Le mardi 8 en fin d’après midi, pensant que Claudy LeBreton, Patrick Bloche et moi pourrons déposer et défendre notre pétition, je me rends à Solférino sans avoir pu joindre ni Le Foll ni Hollande. "Il a eu ton message et il a ton numéro de portable" me répondent imperturbablement leurs assistantes quand j’essaye à 6 reprises dans la journée du 8 de leur parler. N’était-il pas "promis" depuis le 25 mars que nous pouvions nous parler et que nous pouvions déposer notre pétition ? 6 > J’arrive à Solférino et demande à voir le Foll avant que le Bureau National ne commence (François Hollande est à l’Assemblée). Il ne répond pas à ma demande. Quand je fais mine de m’engager dans le couloir qui mène au BN, un homme de la sécurité me demande de revenir à l’accueil sur un ton peu amène. J’arrive à coincer Le Foll, qui m’explique en termes peu châtiés que nous lui cassons les pieds (par écrit, mieux vaut ne pas répéter les termes exacts). "Vous voulez foutre en l’air le calendrier décidé par le Conseil National" dit-il. Je lui explique qu’il ne s’agit pas de foutre en l’air quoi que ce soit mais seulement d’utiliser au mieux les 2 mois qui restent avant les grandes vacances : si nous nous mettions sereinement au travail pendant ces 2 mois, nous pourrions avoir un Congrès bien moins violent et bien plus intéressant… De deux choses l’une : soit ce travail aboutira à un consensus (ce sera alors notre nouveau projet social), soit il n’y aura pas de consensus et c’est le Congrès qui tranchera entre plusieurs stratégies possibles. Mais, si nous commençons par ce travail de fond, le Congrès sera moins violent et sera l’occasion de construire un projet très concret. J’ai le malheur de rappeler à Le Foll qu’en 2003, déjà, ils nous avaient traité de "casse-couilles" quand, avec quelques amis, on leur avait dit qu’il y aurait un référendum et que le Non allait gagner si on ne faisait pas le maximum pour obtenir un Traité social (à l’époque, toute l’équipe de Soférino était convaincue qu’il n’y aurait pas de référendum et que c’est l’UMP qui allait éclater au moment de la ratification parlementaire du Traité…). Ce rappel a le don d’énerver Stéphane : "Bien sur. Bien sur. Et c’est grâce à vous aussi qu’on a gagné les municipales !" me dit-il, assez énervé. Visiblement, à force de le répéter, Solférino commence à croire vraiment que c’est François Hollande qui a gagné les municipales. Il faudra un jour qu’on leur parle du travail réalisé par les élus et les militants de terrain, et de l’effet repoussoir qu’a eu Sarkozy. Mais, mardi, je n’ai pas voulu m’avancer sur ce terrain…      

 

7 > Comme l’homme de la sécurité a appelé un de ses copains, plus balèze, et que le scandale n’est pas une façon de convaincre, je n’ai pas tenté d’aller au Bureau National. Quand j’ai quitté Solférino, Le Foll m’a dit qu’il allait donner notre texte à tous les membres du BN (ce qu’il n’a pas fait). Je suis sorti de Solférino absolument furieux. C’est quand même ahurissant dans un parti qui se veut démocratique, qu’on ne puisse même pas déposer une pétition signée par plusieurs milliers de citoyens et bon nombre de parlementaires. Voir un parti aussi verrouillé m’a vraiment mis hors de moi. Sur le fond, ce refus du débat me semble dramatique. Sarkozy et Fillon ont relancé leurs réformes. Santé, code du travail, retraites, éducation… Sur tous ces sujets, nous allons évidemment nous opposer aux réformes engagées par la droite, mais nous serions 1000 fois plus convaincants si nous pouvions dessiner une alternative ! Pourquoi ne pas le faire ? Un des élus qui soutient notre initiative a récemment croisé François Hollande et lui a demandé pourquoi il refusait de nous écouter, pourquoi il ne voulait pas que le PS se mette au travail d’ici l’été. « Il ne faut pas nous dévoiler trop tôt, lui a répondu François Hollande. Il faut laisser la droite avancer ses réformes et ne pas nous dévoiler trop tôt ! » L’élu n’en est pas revenu. « Ne pas nous dévoiler trop tôt, c’est super astucieux comme stratégie. Mais il ne faut pas non plus nous dévoiler trop tard ! A force de ne pas nous dévoiler trop tôt, on n’a toujours pas compris quel était notre projet en 2002 et notre projet de 2007 était tellement faible qu’il n’a pas convaincu grand monde… »                                          

 

                                                                    * * * *

 

L’image que donne le PS recommence à être catastrophique (Cf « Les reconstructeurs socialistes bâtisseurs de dissensions » dans Libération de ce samedi http://www.liberation.fr/actualite/politiques/320801.FR.php ) Depuis le 21 avril 2002, le PS a tenu deux Congrès "classiques". Nous avons passé des heures à écouter des grandes déclarations générales qui n’ont permis aucune clarification, aucun progrès réel. Au lieu de reprendre les mêmes méthodes, avec les mêmes acteurs, dans le même huis clos, pourquoi ne pas innover ? Pourquoi ne pas nous mettre vraiment au travail, en nous ouvrant à tous ceux et celles qui veulent travailler avec nous ? Une descente en ski dépend en large part de l’impulsion qui est donnée dans la première longueur. De même, la capacité qu’aura (ou non) la gauche à se renouveler dans les prochaines années, dépend largement de ce que nous ferons (ou ne ferons pas) d’ici au Congrès de novembre. Face à ce blocage, que pouvons-nous faire ? Si nous voulons effectivement organiser un grand temps de travail avant l’été, il faut que la décision soit prise avant la fin avril ou dans les tout premiers jours de mai. Ensuite, il sera trop tard pour organiser quelque chose qui a de l’allure. Nous avons donc encore 3 semaines (maxi) pour débloquer la situation. 1° Parmi nos premiers signataires, plusieurs parlementaires veulent utiliser la semaine qui vient à convaincre leurs collègues : "Quand les députés rencontrent des militants, ils se rendent compte que la rénovation annoncée par Solférino n’intéresse pas grand monde. L’idée de travailler sur le fond pendant 2 mois pour avancer sur le projet et pour renforcer notre unité, est une idée qui progresse. On doit pouvoir en convaincre un certain nombre."  

 

2° J’invite tous ceux et celles d’entre vous qui connaissent des parlementaires ou des élus socialistes à leur en parler.  

 

3° Nous retournerons à Solférino le 22 avril avec une vraie délégation. Si, d’ici là, nous avions doublé le nombre des signatures, peut-être que F. Hollande et les membres du BN seraient plus attentifs… Chacun et chacune peut prendre quelques minutes pour appeler un(e) ami(e), PS ou non-PS, pour lui demander de signer. Si vous allez à une réunion de section, donnez l’adresse www.nouvellegauche.fr à tous ceux qui sont ouverts au débat. 4° D’autres prises de parole collectives sont en préparation dans les grands médias d’ici au 22. Nous vous tiendrons au courant. Pour info, j’étais lundi l’invité du NouvelObs.com (http://forums.nouvelobs.com/1348/Pierre_Larrouturou.html) et mardi, avant d’aller à Solférino, j’ai rencontré à nouveau l’équipe qui anime Les Inrockuptibles. Visiblement, à lire son blog, l’un des journalistes des Inrocks apprécie notre façon de faire : « Déjeuner avec Pierre Larrouturou. Vous avez peut-être lu son entretien dans Les Inrocks du 25 mars, ou alors ses bouquins. Larrouturou, c'est cet économiste qui militait pour la semaine de quatre jours, qui croit fermement qu'une vraie politique de gauche est possible dans le contexte global actuel. Gai, souriant, parlant à toute berzingue, sortant de sa manche chiffres et graphiques toutes les deux minutes à l'appui de ses idées, Larrouturou donne la pêche. C'est à lui tout seul un jacuzzi, un energizer, un rail de coke, une capsule de viagra : après deux heures avec lui, on redevient optimiste. On aimerait que son énergie, sa croyance dans les dossiers de fond atteignent l'air raréfié de la rue de Solférino, mais ça, c'est pas gagné. » C’est la première fois que je me fais traiter de "Rail de Coke". Je n’ai jamais été très porté sur ce genre de complément alimentaire, mais c’est vrai que Solférino aurait besoin d’un truc un peu fort ! 5° Tous ceux et celles qui ont des idées à proposer pour activer le mouvement sont évidemment les bienvenu(e)s ! Vu le peu de temps que nous avons devant nous, nous ne pouvons pas organiser de rencontres « physiques » mais nous pouvons échanger par mails. N’hésitez pas à nous envoyer toutes vos propositions pour réveiller Solférino ! Ce mail est déjà trop long (désolé !). Juste deux mots de conclusion : il nous reste 3 semaines pour faire bouger Solférino. Ensuite, je crains que nous ne soyons embringués sur un toboggan qui nous mènera à un Congrès très très dur et nul ne sait dans quel état le PS et l’ensemble de la gauche en sortiront. Alors, AU TRAVAIL ! Chacun de nous peut convaincre un(e) élu de sa connaissance. Chacun de nous peut trouver 2 ou 3 signatures d’ici le 22 avril. BONNE SEMAINE A TOUS ! Pierre Larrouturou

 

Voilà, la gauche n'est pas encore morte et il y a quelques petites flammes ça et là qui n'attendent que le vent de l'Histoire pour incendier les coeurs. De quoi essayer de faire mentir Frédéric Lordon, économiste hétérodoxe de grande qualité qui qualifiait il n'y a pas longtemps le Ps comme ceci : Ps, parti socialiste, socialisme partit. 

V

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05/04/2008

Nouvelles du front

J'aimerais vous faire part d'une information que bien peu d'entre-nous auront eu le loisir d'apprendre. Il s'agit d'un arrêt rendu par la cour de justice des communautés européennes (CJCE). Dans l'affaire présente, elle avait été saisie par une entreprise polonaise impliquée dans un chantier public dans le land de basse-Saxe en Allemagne. Elle avait été condamnée une première fois à une amende pour avoir payé ses employés polonais à la moitié environ du salaire minimum prévu par une convention collective en vigueur dans cet état allemand.

Le CJCE a pourtant donné raison à l'entreprise polonaise en s'appuyant sur le caractère partiel de cette convention collective qui ne s'applique qu'aux marchés publics (et pas privés donc) Or une directive européenne garantissant la libertés d'échanges de services stipule qu'une convention collective pour être recevable doit être d'apllication globale. (Je résume et simplifie. Si vous voulez avoir plus de détail, je vous conseille le blog Libé de Jean Quatremer sur les affaires européennes http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/ et le contenu in extenso de la décision de la CJCE http://curia.europa.eu/jurisp/cgi-bin/form.pl?lang=fr&... )

Bien que respectant bien entendu le droit européen, cet arrêt est assez inquiétant, voire même révoltant. Pourquoi ? Parce qu'il légitime l'avantage comparatif salarial dans la mise en concurrence des entreprises européennes et qu'il crée donc une jurisprudence très favorable au moins disant social. Ce n'est pas nouveau dans l'Union, Mais c'en est un nouvel exemple. Ainsi dans un but anti-protectionniste qui m'apparaît assez extrémiste mais qui s'appuie sur le droit de libre circulation des personnes en Europe, on sape de fait des garanties sociales.

Les défenseurs de cet arrêt insistent sur la focalisation envers la convention collective jugée contraire au droit européen car d'application non globale. Selon eux il suffirait donc que cette convention passe dans une loi, qui a un degré de préeminance juridique plus élevé que les conventions collectives pour que le salaire minimum demandé à une entreprise d'où qu'elle vienne puisse être contraignant. Mais dans les faits et vu le contexte actuel néolibéral, il faudrait être bien naïf pour penser que le législateur intervienne pour préserver le mieux disant social.

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La CJCE vient donc encore une fois, car il y a des précédents, de donner un coup de canif dans la protection des travailleurs. Je vous conseille de lire attentivement les alinéas 14 et 15 de l'arrêt en question :

  

"14      À cet égard, ladite juridiction observe que les engagements de respecter les conventions collectives obligent les entreprises de construction d’autres États membres à adapter les salaires versés à leurs employés au niveau de rémunération, normalement plus élevé, applicable au lieu d’exécution du marché en Allemagne. Une telle exigence fait perdre à ces entreprises l’avantage concurrentiel qu’elles tirent de leurs coûts salariaux moins élevés. L’obligation de respecter les conventions collectives représente dès lors une entrave pour les personnes physiques ou morales provenant d’États membres autres que la République fédérale d’Allemagne.

15      Par ailleurs, la juridiction de renvoi a des doutes s’agissant de la question de savoir si l’engagement de respecter les conventions collectives est justifié par des raisons impérieuses d’intérêt général. Plus particulièrement, un tel engagement va au-delà de ce qui est nécessaire à la protection des travailleurs. Ce qui est nécessaire à la protection des travailleurs est délimité par le salaire minimal obligatoire qui découle de l’application, en Allemagne, de la loi sur le détachement des travailleurs (Arbeitnehmer-Entsendegesetz), du 26 février 1996 (BGBl. 1996 I, p. 227, ci-après l’«AEntG»). Pour les travailleurs étrangers, l’engagement de respecter les conventions collectives ne permet pas d’atteindre l’égalité effective entre ces derniers et les travailleurs allemands, mais empêche que les travailleurs en provenance d’un État membre autre que la République fédérale d’Allemagne soient employés sur le territoire de cette dernière, puisque leur employeur ne peut pas faire valoir son avantage de coût au regard de la concurrence."

Dans ces quelques phrases se loge l'essence des dispositions juridiques des traités européens en matière économique. On peut craindre que cette jurisprudence soit exploitée par les entreprises qui s'appuient sur la modération salariale pour être compétitives.

La cour a statué je l'espère de façon neutre, mais en fonction de directives qui elles, sont néolibérales dans leur substrat. S'il m'avait fallu une nouvelle raison de justifier mon vote non au TCE, j'en aurais une excellente avec cette décision de justice.

Une nouvelle victoire donc de la réglementation dérégulante, un paradoxe bien unionesque.

Mais la guerre n'est pas terminée pour autant mes braves concitoyens !

Je vous propose de participer à une contre-offensive (j'enjolive un peu certes, il s'agit plus de guerilla mais bon) en signant cette pétition en faveur du contrôle des marchés financiers. Ces derniers, leur mode de fonctionnement, l'idéologie néolibérale dont ils s'inspirent sont pour beaucoup dans l'érosion des conditions de travail, l'effacement du rôle social des Etats, la décrédibilisation des impôts etc...Il faudrait en plus, au moment ou une crise d'une ampleur inégalée depuis 1929 est peut-être sur le point de se déclarer, que les contribuables payent pour assumer les erreurs des financiers ? Il est temps de les ramener à la raison et nous en avons les moyens par la loi.

http://www.stop-finance.org/

Faites la tourner !

Keep fighting !

 

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18/03/2008

La déconfiture aux cochons

Voilà, les municipales ont rendu leur verdict et il est très sévère pour l'Ump. La gauche prend 37 villes de plus de 30000 habitants contre quatre seulement pour la majorité, seule trois des dix plus grandes villes de France restent à droite : Bordeaux, Nice et Marseille. C'est ce résultat dans les grandes et moyennes cités qui fait la débacle de la droite car c'est là que le srutin est généralement le moins localiste, qu'il reflète la tendance nationale. Force est donc de constater que le rejet de la politique menée depuis 10 mois est patent.

 

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 Une caricature de caricature vivante

 

Le premier enseignement à tirer de cette élection, n'en déplaise à la bande de Dalton du gouvernement c'est la défiance vis à vis du névropathe et de sa bande. Bien entendu leur réflexe comme toujours en cas de branlée électorale est de nier les faits et de soutenir mordicus que les français ne sont pas mécontents mais impatients. Ils promettent donc d'accélérer le tempo. J'ai envie de dire chiche ! Dans le contexte de malaise social ambiant et de crise économique mondiale potentiellement très grave, ce serait le meilleur moyen de mener la France à une de ces explosions qui lui sont coutumières, la meilleure solution pour que la droite se fasse mouliner après s'être faite laminer hier.

Cela dit, il paraît que les français sont très majoritairement favorables au réformes déjà menées. De la façon dont elles ont été présentées c'est possible : élimination des parasites profitant des régimes spéciaux (le gens n'aime pas le parasite c'est bien connnu), privilèges digne d'un noble du grand siècle ; exonération des droits de succession qui permettent soi-disant aux moins aisés de bénéficier du travail d'une vie de leur parents, sauf qu'avant la réforme la majorité ne payait pas ces droits de succession et que le changement concerne les plus riches bien entendu, libéralisation des heures sup qui sont un succès digne d'une tournée des rolling-stones (sauf que je regrette que dans les sondages, on ne pose pas cette question toute simple : pour gagner plus, préférez vous faire des heures sup ou avoir une augmentation de salaire ? il ne faut pas oublier que les réponses d'un sondage traduisent avant tout la teneur des questions) . Mais il est vrai que désormais et malgré la hausse de productivité phénoménale depuis 60 ans, elle a presque doublée entre 1990 et 2005 selon les chiffres du bureau des statistiques du travail de l'OCDE, le salaire est une notion que l'on aborde plus (voir mon dernier post).

Qu'importe que depuis trente ans, la part des salaires dans le PIB ait diminuée de 10% au profit des revenus du capital, soit grosso modo 170 milliards d'euros par an, de l'argent il n'y en a plus pour le pékin moyen (la faute au chinois bien entendu). Hier encore, j'entendais Coppé mentir éhontément en disant que partout ailleurs dans le monde seuls ceux qui travaillaient plus pouvaient gagner plus. Pourtant, l'INSEE vient contredire cette idée tellement rabachée par la droite puis intégrée par la gauche libérale :  si la durée hebdomadaire à temps complet en France est bien une des plus faibles, le nombre d'heures travaillées annuellement en France, environ 1570h, temps partiel et temps complet inclus est comparable à celui de l'Allemagne et du Royaume uni, deux modèles souvent cités. On a souvent accusé les 35h d'infliger une cure de malthusianisme au travail mais que dire des pays économiquement libéraux qui cachent derrière un pseudo-plein emploi à forte durée hebdomadaire, un taux de temps partiel et d'emplois précaires extrèmement élevé. Travailler beaucoup pour gagner à peu près bien sa vie, c'est donc même pas donné à tout le monde. C'est pourtant le modèle à suivre pour la droite et une bonne partie du Ps.

Cette habile transition me sert à aborder le deuxième grand enseignement de cette élection, à savoir l'abstention. Elle a touché essentiellement les quartiers populaires et les électeurs de Naboléon aux dernières présidentielles. L'Ump a donc perdu son assise populaire mais celle-ci est peu revenue vers le Ps, qui devrait en tirer les conclusions qui s'imposent. Mais depuis 2002 ce parti est passé à côté de toutes les analyses pertinentes alors espérer qu'il réagisse est plus aléatoire que d'attendre les tartares. Les débats de la soirée électorale n'ont fait que confirmer mes craintes. Déjà pas un mot sur la bonne tenue de la gauche assumée, malgré quelques déceptions chez les communistes. Ensuite de la gêne face aux attaques d'une droite qui se sentant fortement menacée à choisi de sauter à la gorge du Ps. Ce dernier bénéficiant d'une victoire acquise sans combattre a montré qu'il n'avait bien évidemment pas les armes pour contrer ne serait-ce que la démagogie la plus basique.

Le spectacle d'un Bertrand hargneux comme une hyène blessée qui plantait ses crocs sur le socialiste qui se trouvait là était parlant. Tant que la gauche n'aura pas choisi d'assumer la réhabilitation de l'impôt et donc de la solidarité, elle offrira des boulevards à la droite qui surfe sur l'individualisation de la société en la remorquant plus qu'en l'accompagnant. Pourtant il y aurait tant à dire sur la nécessité de redonner les moyens à la collectivité de remunicipaliser la gestion de l'eau par exemple, dont la privatisation a coûté très cher au citoyen. En cette période de renchérissement de l'énergie, la nécessité des transports en commun accessibles à tous devraient être une priorité plutôt que de célébrer le nouveau management public qui fait de la SNCF une compagnie orientée vers les hommes d'affaires et les touristes aisés, au détriment des lignes de banlieues. Il y aurait bien d'autre cas à développer : la santé, l'accès aux services publics dans les campagnes, l'enseignement de qualité pour tous non gangréné par l'utilitarisme fanatique. Mais il faut faire comprendre aux gens que cela à un coût au niveau de l'impôt, coût qui en allègera d'autres, surtout pour les moins aisés.

Bien entendu l'impôt c'est aussi aider l'innovation et la recherche, la création de Pme et leur soutien, qui engendrera des emplois et des...impôts, ainsi de suite... La gauche peut conserver ses valeurs tout en se modernisant, c'est pas interdit. 

Malheureusement, le Ps semble loin de cette prise de conscience. La plupart des gens n'ont pas non plus cette lucidité. Le temps de la crise semble venu et il faut craindre que ce ne soit à nouveau des souffrances partagées par le plus grand nombre qui soit à l'origine du réveil des consciences.

Cette défaite électorale risque donc d'être encore une fois sans suite, la faute à un Ps aveugle et sourd. C'est comme donner de la déconfiture à des cochons... 

 

 

 

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10/03/2008

Politiquement correct


Au lendemain du premier tour des élections municipales, le résultat est correct. On note une assez forte poussée de la gauche sans pour cela qu’elle anéantisse la droite, malgré un contexte de défiance très forte envers la politique menée depuis 9 mois.

Deux facteurs peuvent être invoqués pour expliquer la tournure des évènements.

Premièrement, il s’agit d’élections locales et au dernier moment les enjeux locaux ont repris la place qui leur revient dans une élection de ce type. De même la victoire écrasante annoncée pour la gauche par les sondages a peut-être un peu démobilisé l’électorat de gauche tout en aiguillonnant les défenseurs (il en reste quelques uns malgré tout) de la politique de l’Ump.

Deuxièmement et c’est pour moi le paramètre le plus important, c’est la faiblesse de la gauche et surtout du Ps. Obtenir une victoire électorale alors que depuis l’élection funeste du 6 mai, il est quasi-inaudible, ultra-divisé, toujours aussi mou et peu combatif quand il s’agit de défendre de véritables idées de gauche (solidarité etc…) traduit finalement à quel point le rejet de l’ex maire de Neuilly est fort chez les français. Mais le Ps n’en profite qu’au minimum, payant là son attitude inconséquente voire irresponsable depuis 2002. Le résultat des listes de gauche assumée est souvent prometteur, surtout pour ce type d’élection : la Lcr, Lo ou des listes de gauche rassemblée dépassent souvent les 5%, le Pc résiste bien dans ses bastions. Plus que jamais, l’émergence d’une gauche qui ne se renie pas, qui propose un projet résolument solidaire et moderne à la fois (moderne dans le sens où on peut lutter contre le néolibéralisme désocialisant mais agir pour les Pme, la recherche et l’innovation) est primordial pour l’avenir de ce pays et de ses habitants. Pour l’identité culturelle de la France aussi, à laquelle je tiens par-dessus-tout.

Le pseudo président vient d’être clairement averti par la population que ses actes avaient maintenant été jugés à l’aune de ses paroles. Il reste à confirmer cet avertissement en sanction lors du deuxième tour. Le gain de Toulouse par la gauche, voire celui de Marseille, qui sera néanmoins beaucoup plus difficile, acteront cette sanction. Cela dit, je n’ai jamais considéré que ces élections pouvaient infléchir la politique de ce gouvernement, lancé dans une course au néolibéralisme et au néoconservatisme pour rattraper les autres pays développés dans l’uniformisation (abandon du rôle de l’Etat, des services publics, des politiques sociales, valorisation de l’individualisme et poussée sécuritaire). Il faudra plus qu’une gifle électorale pour déboulonner Naboléon le tout petit.

Tiens cette expression me fait penser à une interview que je vais vous retranscrire :

ENTRETIEN AVEC VH
Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?
VH : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?
VH : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.

Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?
VH : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d’industrie.

Et la liberté de la presse dans tout çà ?
VH (pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

Qui est VH me dire-vous, l’air interloqué et curieux à la fois ?

Un certain Victor Hugo parlant de Napoléon III. Toutes ses réponses à cette fausse interview sont extraites de son ouvrage Napoléon le petit. Je suis sûr que ça va vous rappeler quelqu’un :oB

Rendez vous pour l’analyse du deuxième tour.