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  • Argent, trop cher

    254265914.jpgHier soir, j'ai zappé par hasard sur TF1 et je suis tombé sur une émission qui se proposait généreusement de faire gagner du pouvoir d'achat aux français. Comme c'était urbain de leur part. Et que dire de cette touchante envie de donner un coup de main à leur patron qui trépigne à l'Elysée (oui en ce moment, il est assigné à résidence vous avez remarqué. Juste une petite promenade à Toulon où on lui a enlevé sa muselière pour soutenir Muselier et Gaudin en usant des fondamentaux xénophobes et sécuritaires) ?

    Les rois du système D , voilà le titre de ce programme d'emplissage de cerveau disponible. Au menu, il y avait des trucs et astuces pour économiser, ne pas payer, gruger de façon légale. Enfin bref, la méthode pour se passer d'argent. Car voilà bien en quoi ce genre d'émission est nauséabonde. Elle veut confirmer aux gens, prenant ainsi le relais des politiques depuis grosso-modo 25 ans, que les gens d'en bas, le public de la chaîne , doivent s'habituer à faire avec ce qu'on leur donne.

    Avez-vous remarqué à quel point le mot salaire était absent de la bouche des élus et des chefs d'entreprise ? Pourquoi à votre avis parle t'on autant de pouvoir d'achat et pas de niveau de vie par exemple ? Tout simplement parce que le modèle économique néolibéral est entre autres, fondé sur la modération salariale qui conjuguée au précariat maintient les travailleurs dans la dépendance complète, favorisant flexibilité et obéissance. Il faut ajouter bien sûr la pression sociale dirigée vers la consommation sinon le tableau est incomplet.

    La salaire est donc une notion taboue depuis quelques temps maintenant. On parle de revenus, de compléments, de stock-options, d'intéressement mais de salaires point. Car le salaire c'est mal. C'est toujours trop haut un salaire et puis c'est stable un salaire, voire ça augmente. C'est trop sécurisant, ça amollit l'employé, ce feignant qui ne pense qu'à profiter des largesses patronnales en en faisant le moins possible. De plus, ça favorise un sentiment communautaire entre salariés, au travers des conventions et d'une normalisation du traitement. Or ce que la patronnat veut, c'est la compétition entre travailleurs, censée augmenter la productivité et surtout éradiquer les formes collectives de revendications, donc de lutte tout court.

    Voilà pourquoi le salaire est banni des discours, les politiques ayant bien entendu dans leur grande sagesse, intégré le désir des employeurs. Ford qui en son temps, avait augmenté les subsides de ces ouvriers pour qu'ils puissent acheter les voitures qu'ils fabriquaient, un grand philanthrope donc, Ford est un naze archaïque. La preuve, il n'a pas survécu...De toutes façons, ces crétins de travailleurs maintenant, on peut les faire consommer sans leur donner assez d'argent. C'est même la nouvelle solution pour faire augmenter la croissance. sauf que le crédit à outrance va peut être donner lieu à la plus sévère crise écomnique depuis celle de 29. Mais je suis mauvaise langue, car les économistes ne se trompent jamais et leurs développements théoriques ont été validé par le tout-puissant lui même (c'est Adam Smith qui a signé là en fait, le patron ne pige rien à l'éco ).

    Ce genre d'émission ne fait qu'appuyer sur cette idée que le salaire n'augmentera plus et que pour survivre, il faut être ingénieux et se prendre en main. Hé oui, que croyez-vous, les chinois ils se posent pas de questions eux, ils avancent, avec le reste du monde, tandis que la France est scotchée dans ses acquis d'un autre âge où les gens se voulaient un peu solidaires, quelle gabegie ! Tiens au passage s'il est vrai que la concurrence salariale et démographique de la Chine, pour ne citer qu'elle est incontestable, le différentiel est tel que le maximum de sacrifice tolérable sans explosion sociale serait encore loin du compte pour espérer regagner de la compétitivité. Pour exemple, le salaire mexicain moyen est déjà quatre fois plus élevé que son pendant chinois (pour retrouver la source, voir le Monde Diplo de ce mois-ci). Mais c'est pas grave, tant que ça marche, les dirigeants jouent, se sucrent eux-mêmes et leurs entourage oligarco-médiatico-politique. De quoi être à l'abri quand viendra le temps où ils fuiront leurs responsabilités et regarderont l'humanité s'étriper encore une fois.

    Même les petits trucs de grand-mères qui étaient divulgués par des citoyens de bases fimés chez eux (j'ai tenu 5 mn devant ce spectacle navrant, suffisant pour voir un échantillon représentatif de l'émission) sont destinés à diminuer les dépenses. Aucun motif écologique par exemple dans le fait d'utiliser un citron pour nettoyer son micro-onde en lieu et place d'un détergent. Non non ! Le but n'est pas d'apprendre aux gens à être moins mesquins, juste à se passer d'argent, quasiment par tous les moyens. Pour les motivations nobles et constructives, on repassera...

    Voilà, je ne vous parle même pas des deux présentateurs de cette émission ultra-démagogique. Je me demande quand même comment ils peuvent se regarder en face en sachant, parce qu'ils le savent, les bouses qu'ils donnent à manger à leur télespectateurs.

    Les salaires c'est pas tabou, il n'en viendront pas à bout !!!

     

  • Atomes trop crochus

    A la lecture d'un article du Monde diplo de ce mois-ci sur les mensonges de Tchernobyl, écrit par Alison Katz, j'ai repensé à cette excellente BD que j'ai lue il y a environ deux ans, sur le même thème : Tchernobyl mon amour de Chantal Montellier (scenario et dessins).1895148118.2.jpg

    Le livre relate l'enquête d'une journaliste , Chris Winckler qui est chargée par son journal, la Vérité, de produire un papier pour le vingtième anniversaire de l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Elle va être amené à rencontrer un témoin de la catastrophe qui va la lui raconter...

    L'auteure nous livre avec cette Bd un document d'une force impresionnante, comparable peut-être au Maus de Spiegelman bien que stylistiquement totalement différent. Rappel des faits, conséquences terribles pour le personnel et la population et surtout manipulation politique pour que jamais la vérité ne soit connue du plus grand nombre (hé oui, parfois la théorie du complot, c'est vrai).

    Graphiquement assez dépouillée bien que juxtaposant différentes techniques graphiques (dessins, reprises de photo ou de documents, etc...) et documentairement très fouillée et rigoureuse, cette oeuvre est un incontournable pour tout amateur de Bd "sérieuse" et engagée. Sa valeur informative est tout aussi élevé qu'un très bon film documentaire.

     

    Chantal Montellier expose son point de vue antinucléariste en stigmatisant la puissance des lobbies de l'industrie de l'atome et la désinformation des Etats (le fameux nuage radioactif qui a rebroussé chemin juste aux frontières de la France vous savez). Le constat est implacable, souvent féroce et pour tout dire assez désespérant. Elle considère que Tchernobyl est un évènement aussi grave que le largage des bombes nucléaires américaines sur Hiroshima et Nagasaki. Vous n'aurez pas manqué de relever la proximité du titre de la Bd avec le film d'Alain Resnais, écrit par Marguerite Duras, Hiroshima mon amour.

    Personnellement, je ne suis pas un opposant farouche à l'énergie nucléaire mais résolument en faveur de solutions de substitution néanmoins (ainsi qu'au pétrole dont l'industrie liée a peu de chose à envier à sa consoeur physicienne). Malgré tout, je suis bien conscient de la chape de plomb (après celle de béton sur le réacteur éventré) qui s'est abattue sur les conséquences désastreuses et durables de cette catastrophe, sur les dégats humains immenses qu'elle a produit et continue de provoquer, alors même que les victimes ne sont même pas reconnues comme telles, ce qui augmente encore leur douleur psychologique. Cet ouvrage a fini de me convaincre.

     

    Tchernobyl mon amour/Chantal Montellier.-[Arles] : Actes Sud, 2006.-[128p.] 

     

     

  • Politiquement correct


    Au lendemain du premier tour des élections municipales, le résultat est correct. On note une assez forte poussée de la gauche sans pour cela qu’elle anéantisse la droite, malgré un contexte de défiance très forte envers la politique menée depuis 9 mois.

    Deux facteurs peuvent être invoqués pour expliquer la tournure des évènements.

    Premièrement, il s’agit d’élections locales et au dernier moment les enjeux locaux ont repris la place qui leur revient dans une élection de ce type. De même la victoire écrasante annoncée pour la gauche par les sondages a peut-être un peu démobilisé l’électorat de gauche tout en aiguillonnant les défenseurs (il en reste quelques uns malgré tout) de la politique de l’Ump.

    Deuxièmement et c’est pour moi le paramètre le plus important, c’est la faiblesse de la gauche et surtout du Ps. Obtenir une victoire électorale alors que depuis l’élection funeste du 6 mai, il est quasi-inaudible, ultra-divisé, toujours aussi mou et peu combatif quand il s’agit de défendre de véritables idées de gauche (solidarité etc…) traduit finalement à quel point le rejet de l’ex maire de Neuilly est fort chez les français. Mais le Ps n’en profite qu’au minimum, payant là son attitude inconséquente voire irresponsable depuis 2002. Le résultat des listes de gauche assumée est souvent prometteur, surtout pour ce type d’élection : la Lcr, Lo ou des listes de gauche rassemblée dépassent souvent les 5%, le Pc résiste bien dans ses bastions. Plus que jamais, l’émergence d’une gauche qui ne se renie pas, qui propose un projet résolument solidaire et moderne à la fois (moderne dans le sens où on peut lutter contre le néolibéralisme désocialisant mais agir pour les Pme, la recherche et l’innovation) est primordial pour l’avenir de ce pays et de ses habitants. Pour l’identité culturelle de la France aussi, à laquelle je tiens par-dessus-tout.

    Le pseudo président vient d’être clairement averti par la population que ses actes avaient maintenant été jugés à l’aune de ses paroles. Il reste à confirmer cet avertissement en sanction lors du deuxième tour. Le gain de Toulouse par la gauche, voire celui de Marseille, qui sera néanmoins beaucoup plus difficile, acteront cette sanction. Cela dit, je n’ai jamais considéré que ces élections pouvaient infléchir la politique de ce gouvernement, lancé dans une course au néolibéralisme et au néoconservatisme pour rattraper les autres pays développés dans l’uniformisation (abandon du rôle de l’Etat, des services publics, des politiques sociales, valorisation de l’individualisme et poussée sécuritaire). Il faudra plus qu’une gifle électorale pour déboulonner Naboléon le tout petit.

    Tiens cette expression me fait penser à une interview que je vais vous retranscrire :

    ENTRETIEN AVEC VH
    Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?
    VH : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

    Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?
    VH : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.

    Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?
    VH : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d’industrie.

    Et la liberté de la presse dans tout çà ?
    VH (pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

    Qui est VH me dire-vous, l’air interloqué et curieux à la fois ?

    Un certain Victor Hugo parlant de Napoléon III. Toutes ses réponses à cette fausse interview sont extraites de son ouvrage Napoléon le petit. Je suis sûr que ça va vous rappeler quelqu’un :oB

    Rendez vous pour l’analyse du deuxième tour.