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10/03/2013

Honni soit qui Malick pense !

Ah tiens, pas de billet sur la crise ? Mais ça commence à faire longtemps ? C'est ce que vous vous dites probablement mes chers lecteurs. Mais pourquoi donc répeter encore et encore ce que j'ai pu dire ici depuis plus de quatre ans ?

L'Europe coule lentement, victime des choix bornés de ses dirigeants, crispés sur l'austérité, tandis que le secteur financier, bien requinqué, souflle à nouveau très fort pour gonfler une bulle qui emportera tout sur son passage, quand l'euphorie se heurtera comme d'habitude à la réalité, à savoir une économie réelle exanque et privée de consommateurs. Wall street en témoigne, allant de records en records, profitant du déluge de liquidités que lui offre la banque centrale fédérale.

En France, le gouvernement Hollande paie déjà le prix de son ralliement total à l'orthodoxie. Inutile de s'attarder sur sa politique stupide et proprement révoltante pour une formation qui voudrait se situer à gauche, mais qui pérennise pourtant, en les accentuant encore, les mesures prises par l'Ump précédemment au pouvoir. L'échec prévisible et prévu, notamment par le Front de Gauche, est au bout du chemin. C'est navrant et très dangereux, mais tout a déjà été dit, notamment ici et durant la campagne présidentielle. Ceux qui ont voté "utile" méditent, je l'espère, sur leur absence préjudiciable de lucidité...

Aujourd'hui, je vais vous parler d'une autre crise, celle d'un réalisateur qui a pourtant commis un des films que je considère comme un chef d'oeuvre, La ligne rouge, et qui vient de la dépasser, en livrant son dernier opus, A la merveille : j'ai nommé Térence Malick.

Malgré une impression très défavorable laissée par la bande-annonce, je suis allé voir et je ne laisse aucun suspense, c'est assez mauvais.

 

A la merveille, c'est l'histoire, bien que ce terme soit très abusif, de Marina et de Neil. Ils se sont rencontrés en France et sont tombés amoureux, tant et si bien, que le petit couple et la fille de Marina, qui a dix ans, partent vivre en Oklahoma. Mais les déracinées ne s'adaptent pas très bien à leur nouvelle vie. Et c'est tout ou presque...La trame très fine autour de laquelle se construit le film, c'est le doute autour des sentiments et de la foi en l'amour, questionnements que rejoint un prêtre de la petite localité américaine, joué, enfin, figuré par Javier Bardem.

Térence Malick a donc décidé de se passer quasiment de scenario pour ce long métrage, au profit quasi exclusif de sa "réflexion" métaphysique. Si cette dernière a toujours été présente dans toutes ses réalisations, elle était jusque là au service de l'histoire, même si dans Tree of life, que je  n'ai pas vu, il semble que Malick avait déjà mis très en avant sa cosmologie. Ici, la philosophie est omniprésente, au travers des voix-off des différents personnages, assez laconiques et pénétrées, qui récitent quelques pensées sur les thèmes que j'ai précédemment cités. Les dialogues eux, sont réduits à la portion congrue. Neil, joué par un Ben Affleck à peine vivant, est lui quasiment silencieux durant tout le film. 

Difficile donc de s'attacher aux personnages, malgré la beauté de Marina (Olga Kurylenko) et de Jane (Rachel MacAdams) qui la remplace le temps d'une parenthèse, dans le coeur de Neil. De plus, si la virtuosité du réalisateur est toujours bien présente, avec cette photographie sublime qui le caractérise et des plans superbes, notamment au Mont Saint Michel, elle ne permet pas d'emporter le spectateur, comme c'était le cas pour La Ligne rouge ou Le nouveau monde. La magie est asphyxiée par la lourdeur, l'asthénie du propos, et l'absence de script. L'esthétique ne peut pas tout. Plus encore, elle perd toute sa magie quand elle n'est pas au service de l'objet cinématographique.

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© Metropolitan FilmExport

 

Une déception donc. A la merveille est un projet raté et redondant, dont j'espère qu'il ne préfigure pas la direction qui serait celle désormais choisie par un Malick, aveuglé par ses préocupations philosophiques et de plus en plus religieuses, donc indigestes. J'ai toujours été captivé par l'aspect contemplatif de l'oeuvre du cinéaste parce qu'il était suffisamment universel pour dépasser la subjectivité de l'auteur. Ce n'est plus le cas depuis deux films apparemment...