L'actualité politique est toujours et encore désespérante et surtout lourde de conséquences négatives pour l'avenir de nos sociétés. Les médecins qui se penchent sur le malade n'en finissent pas de l'achever, jurant pourtant jours après jours, que le changement de méthode est décrété, que le virus du capitalisme financier va être éradiqué à grande seringue de moralisme, mais que pour s'en sortir, il faut accélérer les réformes absolument nécessaires à la survie de notre modèle social. En somme une bonne grosse saignée administrée à un patient déjà exsangue...
Je ne saurais dire s'ils sont vraiment conscients de ce qu'ils font, s'ils ont dépassé depuis longtemps le stade des scrupules ou de la lucidité, si ce sont vraiment tous des opportunistes arrivés au dernier degré du cynisme. Mais force est de constater que ce sont en tout cas, des hypocrites décomplexés.
Comment expliquer sinon, ces cris de triomphe de l'Ump au soir d'une élection européenne qui aura vu ce parti rassembler une part gigantesque de l'électorat, soit 11.2 %. Comment de même expliquer ces râles de jouissance des européistes qui oublient conscienscieusement que 60% des citoyens européens (80% des jeunes de 18-35 ans) n'ont pas jugé utile de se déplacer ?
L'explication est sans doute simple : la victoire à tout prix, la joie de rester entre soi en se convainquant que la démocratie ne récompense que les vainqueurs et que seuls ces derniers sont légitimes. C'est vrai quand la démocratie fonctionne. Mais que dire d'une situation où non seulement deux électeurs sur trois ne vont pas voter, mais où ce sont les classes populaires et les jeunes en grande majorité qui ne le font pas ? Ne serait-il pas sain de se poser la question ? N'y a t'il pas un léger problème à ce qu'une sorte de vote censitaire se mette en place naturellement ? A plus forte raison quand on est de gauche, ne doit-on pas s'interroger sur le malaise politique qui touche les populations les moins aisées financièrement ?
Ce n'est apparemment pas l'attitude de la sphère politico-médiatique qui en France a comme d'habitude, nationalisé ces européennes et en est resté à la petite cuisine politicienne qui est pourtant à l'origine à la fois du désintérêt des citoyens et du score flatteur des écologistes.
En parlant d'hypocrites...
Les verts m'ont toujours été sympathiques. J'avais même glissé un bulletin Mamère en 2002, comme une petit coup de canif à Jospin que je ne savais pas mortel. Je ne regrette rien cependant. Je ne suis pas responsable des reniements du Ps, qui l'ont conduit à recevoir cette claque magistrale et méritée de dimanche dernier. Pour autant, la victoire objective d'Europe écologie est aussi celle d'une certaine hypocrisie, dont le plus beau témoignage est peut-être représenté par la démarche pédagogico-marketing de Yann Arthus Bertrand. Comment s'affirmer préoccupé par le devenir de notre planète, chercher des solutions, sans jamais ou presque condamner la forme de capitalisme qui se révèle incompatible avec ces belles résolutions ? (les bons philanthropes donnateurs tels que Pinault ne s'y sont pas trompés en associant généreusement leur nom à cette entreprise si responsable, garante de la perennité de leur position et accouchant d'un film chiant comme la pluie en prime)
Il y avait pourtant de bonnes raisons de voter pour ce parti, ce que je n'ai pas fait, préférant la cohérence avec mes opinions européennes en choisissant le Front de gauche. Les verts ont affiché l'unité, au contraire donc des formations de la gauche assumée (NPA, pas bien !), ils ont fait campagne sur l'Europe, ce qui est bien la moindre des choses pour cette élection, mais qui n'est pas très représentatif du choix des autres partis, ils ont mis en avant une certaine intégrité, représenté par les figures médiatiques (trop ?) et combatives de José Bové et d'Eva Joly. Cela représentait trois bonnes raisons de voter pour eux.
Malheureusement, il y a un vrai problème de cohérence come je l'ai dit entre la volonté de changer la société pour ariver à son développement durable et l'acceptation d'un modèle économique qui a prouvé à la fois son incurie et son potentiel de destruction de l'environnement. Cohn-Bendit incarne à lui seul, en bon libéral, cette contradiction. Je crois qu'il en est conscient et voilà, pourquoi je ne l'aime pas beaucoup...
De plus, les verts en choisissant une posture relativement apolitique, attire un électorat bobo qui cherche à s'acheter une bonne conscience à bon marché, tout en se masquant les réalités sociales, trop violentes. Plus d'orientation idéologique, plus de pauvres ? Malheureusement, la politique raisonnable et non partisane, l'apolitisme en somme, font toujours le jeu du système dominant. Il n'y a qu'à voir les réactions empressées du gouvernement devenu tout d'un coup plus vert que jamais, malgré l'enterrement peu classieux du "Grenelles" de l'environnement.
Je ne m'apesantirai pas sur l'insignifiance du Ps et sur sa mort maintenant programmée et souhaitable pour la gauche. Il est temps de laisser les éléphants aller au cimetierre avec les restes de leur parti. La rose est définitivement fanée...
Pas grand chose à dire non plus de la tenue respectable du Front de gauche et du relatif échec du NPA : division coupable, mauvais choix de campagne pour le deuxième, abstention des catégories d'électeurs susceptibles de voter pour ces formations, lassitude des nonistes qui ont bien compris que le vote européen ne changeait strictement rien à la politique menée. Le sort fait au choix des français après le referendum sur le Tce a fait son oeuvre, de même que ce que j'appelle la théorie du ping-pong. Les Etats imputent les regressions sociales aux politiques économiques promues par l'Union pendant que celle-ci se défend an arguant qu'elle n'a aucune compétence sociale et que les Etats sont donc coupables. C'est pas moi, c'est lui ! Pendant ce temps, les citoyens se détournent de la démocratie et l'Europe avance toujours plus avant dans l'application des préceptes néo-libéraux (ou ordo-libéraux, ou néo-classiques mais le résultat est le même). Je rappelle en passant que la crise, qui n'est jamais que la plus puissante depuis celle de 29, en est issue...
La crise est donc aigue et les conséquences sociales encore à leur débuts. Voilà pourquoi, les syndicats dans un grand accès d'intelligence managériale qui devient leur marque de fabrique, à la grande joie de la droite (et du Ps aussi mais est ce bien différent ?) et du Medef, n'ont rien trouvé de mieux que de casser toute contestation en diluant avec méthode les mouvements nés cet hiver, depuis celui des universités, on ne peut plus légitime, jusqu'à celui des salariés du privé qui ne l'est pas moins. Le mécontentement étant lui bel et bien toujours présent, on saura les féliciter d'avoir mis à terre les derniers vestiges d'un corps médiateur entre les citoyens et les politiques qui laisse augurer de situations potentiellement violentes. L'Automne s'annonce avec une odeur de roussi...
Décidément, nous observons à l'ère du cynisme médiatique, la ronde des faux médecins vénaux, le bal des Hippocrates de salon qui tournent autour de leurs seuls intérêts et dont on pourrait bien croire qu'ils ont fait serment d'hypocrites...
